Nathalie Kosciusko-Morizet, la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, a finalement présenté hier des excuses à ses collègues de la majorité et du gouvernement après les avoir traité de "lâches". Avaient-ils besoin de l'humilier à ce point ? A-t-on jamais exigé des excuses publiques d'un homme ? La politique suppose-t-elle d'endurer cette violence ? La séquence NKM de ces dernières 24 heures est édifiante. Pour avoir oublié quelques heures que le seul théorème valide en politique restait celui de Jean-Pierre Chevènement, "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne". Pour avoir dit ses états d'âme, les petites et grandes lâchetés de ses amis, notamment celle du président du groupe UMP, Jean-François Copé, plus prompt à dénoncer les manquements à la discipline majoritaire de la secrétaire d'Etat qu'à faire efficacement son travail de rabatteur des députés UMP en séance. Pour avoir osé "outé" son ministre de tutelle, Jean-Louis Borloo, plus souvent aux abris et à la buvette de l'Assemblée semble-t-il, qu'aux avant postes pour ferrailler contre les instincts pro-ogm de sa majorité. Pour avoir aussi tenté de maintenir une position équilibrée dans le débat, quand ses amis l'aurait préférée caricaturale sur la question, pour avoir reçu le soutien parfois de la gauche - mais ce n'est pas l'ouverture ça ? Pour être allée trop loin sans doute dans les termes utilisés "concours de lâcheté et d'inélégance", on n'avait jamais entendu ça. Pour avoir en un mot, brisé les tabous et rompu les codes, Nathalie Kosciusko-Morizet paie cher. Hier, après avoir eu François Fillon au téléphone lui intimant l'ordre de prononcer des excuses publiques sous peine d'être immédiatement virée, elle a pourtant hésité quelques instants. Elle a passé un coup de fil à son mari, un autre à un bon copain pour leur demander conseil. Les deux ont semble-t-il donné le même : "soit tu tiens et tu repars 4 ans sur les bancs de l'Assemblée, soit t'avales tout et tu continues." Nathalie Kosciusko-Morizet a présenté ses excuses. Mais comme si plier donc ne suffisait pas, il a fallu ajouter l'humiliation à la blessure d'orgueil : privée de voyage au Japon en compagnie de François Fillon, privée de banc hier après-midi à l'Assemblée sur ordre du premier ministre, privée de dessert, et finalement absoute en place publique... Ce monde là est-il vraiment celui des adultes ? Dommage. Dommage qu'elle ait plié. On aurait pu dire ce matin, pour paraphraser le langage masculin en cours dans le monde politique "les femmes, dans ce gouvernement, elles en ont, elles". Dommage qu'elle ait plié, car ils ne sont pas loin de l'avoir tuée. Quelle autorité politique, quelle légitimité lui reste-t-il pour défendre mercredi prochain sa loi sur les OGM en seconde lecture au Sénat ? Ce sont les sénateurs qui vont bien rigoler. Secrétaire d'Etat trublion et engagée, elle servait les intérêts d'une majorité durablement ringarde en matière d'écologie et qu'elle a contribué à faire évoluer. Elle était aussi pour les associations écologistes la garante des engagements du Grenelle de l'environnement. Muette et désavouée, à quoi sert-elle ? Et pourquoi l'ont-ils fait plier ? Quel soudain accès d'autoritarisme de la part de François Fillon ! Sans doute prévient-il de la sorte, toute velléité de parler vrai et de contestation qui pourrait émerger dans les rangs de son gouvernement. Et si Martin Hirsch claquait la porte pour protester contre son RSA-moignon, et si Bernard Kouchner osait partir pour dénoncer la mise sous tutelle permanente de son action par l'Elysée ? Et bien non, c'est Nathalie Kosciusko-Morizet qui a craqué les codes à leur place. Elle va payer cher à leur place. Cher pour le courage dont elle a fait preuve, cher pour la renonciation à ce courage. Comme les autres disait hier une de ses proches, elle va devoir apprendre à se taire. Dommage.

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