Yazid Sabeg, le commissaire à la diversité et à l’égalité des chances, devait rencontrer le Président pour lui faire des propositions. C’était annoncé autour du 15 mars, nous sommes le 1O avril ... et toujours rien. Yazid Sabeg espère que Nicolas Sarkozy le recevra autour du 20 avril, mais rien n’est sûr. En réalité, on croit comprendre pourquoi cela traine ! Le débat ouvert autour des statistiques ethniques tourne à la confusion totale. Résumons-le : Nicolas Sarkozy ayant fait le diagnostique assez réaliste que notre modèle républicain, basé sur le principe d’égalité des chances pour tous avait échoué, il fallait s’inspirer, en partie au moins, des expériences d’autres pays. Et ne plus avoir de pudeur de vierges républicaines effarouchées en recourant, par exemple à certaines formes de discriminations positives. Yazid Sabeg a donc été chargé de réfléchir à la façon de mesurer la diversité et la discrimination pour mieux la combattre. Mais attention, dit-il, sans faire véritablement de classifications ethniques. Ce serait anticonstitutionnel. La France ne reconnaît pas l’existence de races, évidemment. Mais alors comment s’en sortir avec cette question : mesurer la discrimination ethnique sans faire de statistiques ethniques ? C’est un peu comme si on organisait un tiercé sans avoir le droit de numéroter les chevaux ! Comment miser ? Du coup, le pauvre Yazid Sabeg est obligé de formuler des propositions incompréhensibles : les statistiques nécessaires seraient uniquement basées sur le volontariat et sur la déclaration. Pratiquement, vous pouvez vous définir vous-même et vous considérer comme faisant parti d’un groupe sous représenté dans tel ou tel instance. C’est compliqué, et l'on a beau tourner cette idée dans tous les sens, personne ne peut définir le champ des possibilités de sa propre définition… Je m’explique : s’agit-il de sa couleur, de ses origines, de sa religion, de sa préférence sexuelle, voire de son handicap ? Et surtout, comment croiser et classer les réponses sans constituer des groupes définis ? Le débat n’est même plus celui du risque de favoriser l’émergence de revendications communautaire. Il faut se rendre à l’évidence : la question posée à Yazid Sabeg ne veut tout simplement rien dire. Je vous la répète : « Comment mesurer la diversité et la discrimination, sans recourir aux statistiques ethniques ». Du coup Yazid Sabeg va demander à une commission, composée notamment de démographes, de faire des propositions pour résoudre cette question digne du mouvement perpétuel, ou de la quadrature du cercle ! Donc si l’on récapitule, nous sommes en présence d’une sorte de poupée russe : le Président nomme Yazid Sabeg pour faire des propositions et Yazid Sabeg nomme une commission pour lui faire des propositions ! On comprend que Nicolas Sarkozy attende un peu pour recevoir le commissaire et l'on pourrait même lui suggérer respectueusement, bien sûr, d’attendre que la fameuse commission rende son rapport ! En attendant, justement, le rapport du rapport de la commission du commissaire, il est d’autres voies qui existent pour lutter contre les discriminations. Yazid Sabeg lui-même parle de la discrimination dans le logement. Les ghettos de certaines lointaines banlieues autour Paris, sont des ghettos ethniques autant que sociaux. L’une des clefs de la lutte contre la discrimination serait bien une politique favorisant la mixité sociale qui entrainerait, sans qu’il y ait besoin de classifier, de statistiser, une mixité ethnique, ce qui entrainerait un égal accès aux infrastructures culturelles et une mixité scolaire ! Il y a déjà des instruments pour ça. Notamment la fameuse loi SRU qui oblige les communes à tendre vers les 20% de logements sociaux. Beaucoup de communes riches ne respectent pas cette loi et préfèrent payer les pénalités qui en découlent. Cela fait longtemps que nous n’avons pas rappelé ce chiffre ici, symbolique à plus d’un titre : Neuilly-sur-Seine, 2,8% de logement sociaux.

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