Par Marc Fauvelle.

Le gouvernement s'apprête donc à dévoiler une première série de mesures pour moraliser la vie politique. Et parmi les pistes qui pourraient être annoncées aujourd'hui : l'interdiction pour un parlementaire d'exercer une autre activité.

Oui, ou pour dire les choses autrement, comment un député peut-il passer une partie de son temps dans l'hémicycle et l'autre partie, à soigner des caries, corriger des copies ou plaider à la barre ? Sur le papier, c'est tout simplement indéfendable, en cette période où les déclarations de patrimoine se ramassent à la pelle. Cela signifie en creux qu'être député ou sénateur, ne serait pas un travail à temps plein... Allez expliquer ça aux 5 millions de chômeurs… Cela signifie aussi que ces élus cumulent leur indemnité (un peu plus de 13000 euros tout compris), à un deuxième salaire. Là encore difficile à entendre. Et pourtant, il suffit de jeter un œil à la composition de l'Assemblée pour s'en rendre compte. Parmi nos 577 députés, on trouve 185 fonctionnaires ou enseignants, 35 avocats, 14 agriculteurs, 8 journalistes, 2 sages-femmes, et un seul artisan. Alors bien sûr, tous ne cumulent pas, loin de là. Mais essayer seulement de leur poser la question, et là vous vous heurterez la plupart du temps à un mur de silence. Un exemple criant de cette double casquette nous a été donné pas plus tard qu'hier par un élu de la Réunion, bien malgré lui. Thierry Robert, député maire radical de gauche, qui a dévoilé hier son patrimoine, tout en menaçant de quitter la France à cause des impôts. Chaque mois, il gagne 90.000 euros, dont 80.000 grâce aux trois entreprises de bâtiment qu'il dirige et a des revenus immobiliers. Si un ministre tirait l'essentiel de ses revenus d'une autre activité, on crierait au loup, dans ce cas, on peut au moins s'interroger.

En clair, vous nous dites que le gouvernement a raison de s'attaquer à ce cumul ?

Malgré tout ce que je viens de vous dire, non ! D'abord il est plutôt sain que nos représentants nous représentent… C'est une lapalissade. Que les différents métiers aient droit de cité dans l'Assemblée, ne serait-ce que pour mieux connaitre certains dossiers très techniques. Ensuite, on ne peut pas demander à un élu de faire table rase de son métier. En moyenne, un député ne le reste que 7 ou 8 ans. Un médecin, par exemple, a besoin de garder la main ou de conserver une clientèle, pour le jour où il sera battu. Et puis surtout, cela aboutirait à un remède pire que le mal. Voulons-nous vraiment une assemblée constituée uniquement d'apparatchiks, de retraités, et de fonctionnaires (qui eux retrouveront leur poste, puisqu’ils sont mis en disponibilité) ? On aurait alors une assemblée de métier, comme on a depuis la fin de la conscription une armée de métier. Alors bien sûr, il y a des dérives, des excès, des conflits d'intérêt en puissance, quand on cumule par exemple la fonction d'élu avec celle d'avocat d'affaires, de chirurgien en lien avec de grands labos (suivez mon regard), ou même de chef d'entreprise... Il y aurait bien une solution mais elle est moins radicale, ce serait d'interdire tout simplement de cumuler les revenus. Après tout, c'est ce qui se passe pour un chômeur, inscrit à pole emploi, et qui retrouve un travail quelques heures par mois. Il touche son salaire et on lui baisse en conséquence ses indemnités de chômage... c'est ce que suggère aujourd’hui le président socialiste de la commission des lois, Jean-Jacques Urvoas. Ce serait simple, efficace, dissuasif, mais pas très spectaculaire. Autant dire que ca n'a aucune chance d'être retenu dans le climat actuel…

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