Le discours de politique générale est prononcé, les ministres et les secrétaires d’Etat sont nommés… Tout est en place…

Oui, tout est en ordre. Le Premier ministre est populaire, il a fait son gouvernement resserré de façon professionnelle et rapide, ce n’est pas si courant et c’est une preuve d’autorité bienvenue. Les secrétaires d’Etat sont nommés : rien à dire, du pro, pas d’esbroufe. La machine à couacs semble enrayée… Les écologistes ne sont pas dans le gouvernement, ce qui renforcera la cohérence de celui-ci mais en même temps le Premier ministre a prononcé des phrases (en apparence) très EELV-compatibles (écolo-compatibles).Une période de relative « calinette médiatique » a toutes les chances de s’ouvrir. Manuel Valls, roi de la com’, plaît. Il plaît parce que sa communication est adaptée à sa politique et ne paraît pas être simplement au service d’une ambition. Attendez-vous à des Unes d’hebdos valorisantes pour le chef du gouvernement : « Valls l’audace », « Valls, briseur de tabous »… Le couple de l’exécutif aura magistralement et promptement effacé la rouste municipale des écrans ! Un coup d’ardoise magique d’une efficacité rare. Mise à part l’incroyable grossièreté démocratique qui consiste à faire du bonneteau à la tête du PS et à sanctionner Harlem Désir en le nommant secrétaire d’Etat, l’ensemble de la séquence (comme on dit quand on parle plus com’ que politique) est de la belle ouvrage qui force l’admiration.

Tant d’éloges cachent quelque chose… ?

Non ! Même le Président se réforme lui-même. En tout cas son équipe : il s’adjoint un fidèle, Jean-Pierre Jouyet, compétent et respecté, professionnellement et humainement, bien au-delà de son camp politique et de sa sphère professionnelle. Chapeau ! François Hollande montre encore une fois qu’il sait sortir de la nasse. On a beaucoup dénoncé ici même son art du flou, sa manie de l’ambiguïté… mais maintenant qu’il a un premier ministre cash et clair, vous allez voir que l’on va retrouver la complémentarité du couple exécutif telle que la Vème République le prévoyait et que, dans le cadre du quinquennat, personne n’avait encore vraiment retrouvée. Le président fixera les grandes orientations, ce que l’on appelait l’ambiguïté, le flou deviendra de la hauteur de vue… et le Premier ministre, précisera, agira, tranchera ! Ça peut marcher… Mais en réalité…

Nous y voilà !

En réalité, rien ne s’est passé. Ce qui vient d’être fait était facile à faire. C’eût été dur de le rater ! L’important suit : les 50 milliards d’économie, toujours officiellement sans conséquences… les 10 milliards à économiser sur la branche « maladie » ? Même pas mal ! Les 11 milliards à rogner sur les prestations sociales ? Du mercurochrome, ça ne pique pas ! L’heure de vérité n’est pas la formation d’un gouvernement… l’heure de vérité pour Manuel Valls sera le moment où l’on constatera les effets des ces réductions drastiques. A ce moment là, c’est vrai qu’il vaut mieux avoir un gouvernement solide. L’important sera de trouver les arguments et les mots pour convaincre les Français que ces sacrifices (dont personne n’arrive vraiment à évaluer l’ampleur) sont utiles…ce qui reste à démontrer ! Matignon c’est l’inverse du festival de Cannes : on descend les marches avant de faire le film. Manuel Valls les a bien descendues, il a très bien dit ce qu’il allait faire. C’est donc un très bon homme politique, il lui reste à bien faire ce qu’il a dit, pour être un véritable homme d’Etat. Nous n’y sommes pas encore mais le moment de vérité approche.

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