Ce matin…le premier RIP…

Référendum d’Initiative Partagée. Il sera (ou serait parce que la procédure reste incertaine pour des questions de délais) consacré  à la privatisation d’Aéroports de Paris. C’est une disposition constitutionnelle qui date de la réforme de 2008 et qui n’a jamais été utilisée. Elle consiste à proposer un référendum à l’initiative partagée des parlementaires et de la population (1/10ème du corps électoral, c’est-à-dire 4,5 millions de Français). Il faut qu’au moins 185 députés et sénateurs s’entendent sur une question à poser à la population par voie référendaire, même contre l’avis de l’exécutif. Après avoir rédigé la question, l’avoir faite valider par le Conseil constitutionnel (parce que le domaine du référendum est limité), les parlementaires ont 9 mois pour faire signer leur idée de référendum à 4,5 millions de citoyens. Ensuite, seulement, la question peut être portée aux voix de tous les Français. La procédure est donc longue et complexe et s’agissant de la privatisation d’ADP, bien avancée, il y a aussi des questions de délais de promulgation de la loi. L’exécutif et les oppositions se livrent en ce moment à une course procédurale. Ça se joue à quelques heures.

Quoi qu’il arrive c’est déjà une victoire pour l’opposition.

Oui parce que depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, les oppositions (d’ailleurs on disait LES oppositions) s’opposaient au gouvernement avec des arguments forcement outrés, pour se différencier d’une majorité qui occupait politiquement (comme en terme de sièges) un très large espace central. La gauche tentait de faire passer le macronisme pour une droite ultra libérale et la droite tentait de le dépeindre en une gauche qui ne dit pas son nom. Il était assez facile pour la majorité de souligner la caricature à laquelle se livraient les oppositions. D’ailleurs les arguments contradictoires de LR,   du PS, de LFI et du RN s’annihilaient d’eux-mêmes et donnaient, presque mécaniquement, aux projets du gouvernement des airs de compromis raisonnables. La force du RIP sur la privatisation d’ADP c’est qu’il réunit les oppositions sur un thème central et identitaire du modèle français : l’Etat actionnaire, la souveraineté, les bijoux de famille. Il y a bien sûr aussi là une forte dose d’opportunisme parce que les gouvernement PS et LR, par le passé, ont beaucoup privatisé et le candidat Fillon prévoyait de privatiser encore… mais les mots des parlementaires LR et PS ont quand même, sur ce sujet, la force des arguments d’anciens alcooliques ! Le souvenir de la privatisation des autoroutes est là et convainquant. Seul LFI est, dans cette affaire, parfaitement cohérente… Mais surtout, cette proposition, même si elle ne va pas jusqu’au bout (et franchement faut-il un referendum national pour un aéroport ?) place les oppositions réunies dans une situation d’adéquation avec ce que dit le mouvement des Gilets jaunes (encore très soutenu) et aussi avec les conclusions du Grand débat qui plébiscitent l’attachement au service et à la puissance publique… et même qui soulignent la crainte de l’impuissance publique ! Finalement, par cette initiative, les oppositions arrivent à voler –un temps du moins- à la majorité une partie du bénéfice symbolique du Grand débat…  

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