La référence au programme du CNR (Conseil National de la Résistance) est de plus en plus utilisée pour décrire les réformes du ‘monde d’après’…

Oui,  les écologistes, des membres de la majorité, des intellectuelles s’y référent. 

Dès lors, il faut rappeler l’œuvre fondatrice du CNR pour évaluer la pertinence (ou non !) de cette  référence ! Le CNR, constitué, pendant la guerre, pour unifier les  principaux mouvements de résistance, les représentants clandestins des partis politiques (issus de la IIIe République défunte) et les syndicats, avait élaboré un programme qui servit de base aux ordonnances du gouvernement provisoire de 1944/46. 

C’est à ce moment-là que la République est officiellement devenue non seulement démocratique mais aussi sociale. Nous vivons toujours  sur ces principes. La Sécurité Sociale a été instaurée, les acquis du Front Populaire rétablis et complétés, et puis il y a eu de vastes  nationalisations. Hormis Renault, puni pour collaboration, les  nationalisations étaient stratégiques : banques, assurances,  énergie… 

La tâche était immense parce qu’il fallait reconstruire et  réinventer un autre monde, plus égalitaire, plus solidaire. Il  s’agissait de donner à la démocratie un contenu socialement assez  attrayant pour éviter le retour des solutions autoritaires. L’Etat providence et stratège a ainsi fourni une formidable prospérité  et de nombreux nouveaux droits et libertés.

La comparaison avec le "monde d’après" le coronavirus est-elle pertinente ?

Elle est surdimensionnée. Le CNR voulait construire un monde plus  démocratique et plus solidaire. Aujourd’hui, il s’agit  de construire un écosystème économique et social plus souverain et plus  écologique en gardant les principes du CNR. Ça passe, par exemple, par  le green new deal européen et français. Si nationalisations il y a, ce  sera plus dans le cadre de l’Etat sauveteur que de l’Etat stratège… Les réformes des retraites, de  l’assurance-chômage, seraient sans doute définitivement enterrées.

Mais…  qui déterminerait, et selon quelle procédure, la nouvelle politique à  mettre en place ? Qui la validerait démocratiquement et comment ? Le CNR était une instance d’Union nationale, dans laquelle, la gauche  était dominante, certes, du fait de son poids majoritaire dans la  résistance… mais tout le monde non pétainiste était représenté ! 

L’Union nationale est-elle possible, souhaitable demain ? 

Emmanuel Macron peut-il, compte-tenu de ce qu’était son inclinaison  plutôt libérale, incarner la tête de ce changement ? A-t-il l’autorité  politique, outre la légitimité institutionnelle, pour être l’homme de  ces ‘circonstances’, pour reprendre un mot gaullien ? Le CNR s’était soudé (non sans d’âpres combats politiques) dans le sang de  la Résistance, le général de Gaulle avait acquis une légitimité  historique en sauvant l’honneur et l’indépendance de la France !  

Aujourd’hui, les circonstances sont bien moins tragiques, les conditions politiques ne sont pas dramatiques comme il y a 75 ans ! Dès lors, invoquer le CNR est largement abusif ! On peut cependant  trouver un point commun entre la situation de 45 et celles  d’aujourd’hui. Non pas dans l’ampleur mais dans la nature :  c’est un ‘reset’. Un nouveau départ… comme en 1945, le moment devrait  être fondateur, nous devrions entrer dans une nouvelle ère économique et  sociale.
 

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