La loi sur la fin de la publicité dans l'audiovisuel public fait ressurgir le spectre du contrôle politique de l'information. Alors s'il est vrai que le Président s'intéresse de très près à la communication, ce n'est pas forcément par le biais de cette loi qu'il entend contrôler l'information. Sa motivation première -en l'occurrence- est sans doute plus d'ordre industriel et culturel que directement politique. En décidant, à la surprise générale, que l'audiovisuel public devait se passer de publicité, il ne s'est pas dit « comme ça je le contrôlerai mieux ». Sans doute pense-t-il qu'en renforçant l'offre publicitaire pour les chaînes privées, il contente certains de ses amis et il consolide un secteur économique dont les revenus sont aléatoires. D'autre part, il a certainement voulu apporter une marque personnelle, visible rapidement dans un domaine particulièrement familier et quotidien pour les Français. On peut avoir des doutes sur la question de la pérennisation du financement des chaînes publique, ce qui, il est vrai, peut avoir un effet indirect et différé sur sa capacité à réaliser une information de qualité et donc indépendante, mais ce cocktail de réflexion ne suffit pas à affirmer que Nicolas Sarkozy veuille revenir à l'époque où Michel Droit posait des questions téléguidées au général de Gaulle. De même, ils sont terriblement datés ces tranquilles entretiens au coin du feu entre Valery Giscard d'Estaing et d'éminents et courtois journalistes. Impossible aussi aujourd'hui cette éphémère émission : « Parlons France » en 1984, au cours de laquelle seul le Premier ministre Laurent Fabius était invité, à un rythme régulier. Il y montrait des graphiques qui affichaient des courbes de toutes sortes mais toujours en hausse ! En revanche, on en est peut-être encore parfois au stade d'une certaine connivence avec ce sommet. Une habitude qui date des années Mitterrand, avec ce must : l'entretien télévisé entre 5 journalistes et le Président en avril 92 ! Les 2 journalistes représentant la télé étaient deux épouses de ses ministres ! D'ailleurs, l'une d'elle, Christine Ockrent, toujours épouse du même ministre est aujourd'hui patronne de l'audiovisuel public extérieur ! S'il n'y a pas de volonté de contrôle direct, pourquoi l'exécutif nommerait directement les partons de chaînes publiques ? Là c'est une lubie de concentration de pouvoir du Président. Ils n'ont pas le courage de le dire tout haut mais la plupart des leaders de la majorité désapprouvent cet article de la loi. Et alors l'argument massue qui est de dire : « C'est moins hypocrite que de les faire nommer par le CSA » ; il est presque aussi caricatural que, par exemple celui là : « Puisque le travail précaire c'est le nouvel esclavage... ne soyons pas hypocrite, rétablissons l'esclavage ». Le risque de contrôle de l'information est aujourd'hui d'une autre nature. Le risque, c'est la soumission à la communication politique. Des publicitaires, des spécialistes du message et de l'opinion entourent le président et le gouvernement comme jamais. Dans le plus grand secret, des instituts de sondages font des études quantitatives et qualitatives poussées. Nicolas Sarkozy en est très friand. Le but n'est pas tant de contrôler la télé, il faut décider tant que faire se peut des thèmes qui font l'actualité et tenter d'imposer les termes par lesquels ils seront commentés. Le Président valide souvent lui-même les plans médias des grandes annonces de ces ministres, quand ce n'est pas lui qui les concocte directement ! La communication politique dispose de toujours plus de moyens. La frénésie de l'information boostée par la concurrence aboutit à ce qu'un message formaté se répand très vite, bien avant qu'un vrai travail journalistique n'ait le temps de le relativiser, de l'expliquer ou même de le critiquer. On en a eu l'exemple récent avec l'affaire des fameux dangereux terroristes de Tarnac ou du plan de relance à 26 milliards d'euros. Il a fallu quelques jours dans le premier cas et quelques heures dans le second pour que l'on s'aperçoive qu'il ne s'agissait pas de terrorisme et qu'il ne s'agissait pas de 26 milliard mais de 5 ou 10 ! Et là, média public ou privé, on est tous à la même enseigne !

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