La loi Macron, présentée ce matin en conseil des Ministres, part avec beaucoup de handicaps…

Beaucoup. Cette loi qui embrasse énormément de sujets est une loi « fourre-tout ». C’est ce que disent ceux qui –dans la majorité- la voient d’un mauvais œil. Ou alors c’est une loi cohérente qui liste un certain nombre de verrous français. « Débloquer le France », ce sera la teneur des propos d’Emmanuel Macron tout à l’heure devant ses collègues du gouvernement. Mais le premier handicap de cette loi, c’est, tout simplement, qu’elle ne correspond aucunement aux promesses du candidat Hollande. Ça peut paraître étrange d’aller, encore, se référer à des promesses faites il y a maintenant deux ans et demi… Mais avec le quinquennat, et les législatives placées juste après la présidentielle, les députés sont élus dans la foulée du président, sur le programme de celui-ci. Il n’y pas de campagne législative. Le non-respect de l’esprit de la campagne présidentielle est beaucoup plus gérable pour le président qui peut se préserver du rapport direct avec la population. Le temps peut jouer pour lui.

Les parlementaires, en revanche, se voient quotidiennement rappeler les promesses. Ils retournent chaque semaine sur leurs terres d’élection et se font littéralement engueuler dans leurs permanences.

Chaque député de la majorité sera donc tenté, au moins sur un aspect de la loi, de prendre ses distances…

Surtout sur un tel texte dont la cohérence globale fait appel à des concepts qu’ils combattaient dans l’opposition… Les lignes de fracture vont être variables et parfois inattendues. Prenez J.J Urvoas, député ‘vallsien’. Il a tout (sur le papier) pour voter le texte des deux mains… Pourtant il est breton ! Et un parlementaire breton est forcément défavorable au travail du dimanche. La tradition démocrate chrétienne ou chrétienne de gauche de la Bretagne est encore très forte et intraitable sur la question. Les sujets de discorde ne manquent pas dans cette loi et leur variété représente un grand risque. C’est le type même de texte qui s’élabore avec des compromis avant les élections, et se vote rapidement après, fort d’une légitimité toute fraiche. Mais bon, il semble que François Hollande ait inventé le demi-quinquennat et n’ait commencé véritablement son mandat qu’en 2014. Du coup, la légitimité de l’exécutif est pour le moins flétrie. Enfin… il y a une embûche institutionnelle dont on n’a pas encore mesuré les effets. Cette loi sera la première d’ampleur discutée avec un Sénat et une Assemblée qui ne sont pas de la même couleur politique depuis la réforme constitutionnelle de 2008. Or cette réforme donne une bonne partie de la maîtrise de l’ordre du jour des discussions à chaque chambre. Le Sénat, de droite, pourra donc prolonger à loisir l’examen du texte et laisser ainsi à toutes les protestations catégorielles le temps de se déployer. Ça peut durer un an, ou plus ! La somme des obstacles au-devant desquels se trouve le projet Macron montre, s’il en était besoin, que nos institutions, elles-mêmes, sont devenues l’un des verrous qui bloquent la société. Si ce n’est le premier.

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