Ce matin… la plaie identitaire…

Oui, le thème de l’identité a envahi le débat politique. C’est par cette notion fourre-tout et pratique que, notamment, le FN progresse. L’identité de la France (si l’on prend l’acception républicaine traditionnelle) est une identité politique, historique…l’identité choisie d’une somme d’individus solidaires et libres. Le Français d’identité républicaine est fier des trésors de son pays mais il est surtout fier du message universaliste de la révolution. Des droits de l’homme. Ce message, par définition, implique que tous les hommes sont de la même facture et que la Nation n’est que le cadre politique, historique et géographique d’une communauté qui a décidé de s’organiser autour d’une langue, de règles, de valeur comme liberté-égalité-fraternité. Le FN a une toute autre idée de l’identité. En mettant explicitement sa « catholicité » comme élément constituant non pas de son identité propre mais de son identité française, Marion Maréchal Le Pen décongèle la droite antirépublicaine d’avant-guerre : Liberté-égalité-fraternité d’abord pour les Français de souche, catholiques et blancs… en quelque sorte. Le phénomène FN (principalement version Marion Le Pen) est un retour de la droite vichyste. Ses crimes collaborationnistes l’avaient disqualifié, pensait-on, pour toujours. Mais visiblement, nous arrivons au bout de l’ombre portée de la Libération. JY Legalou, animateur de plusieurs cercles identitaires, dit de Marion Maréchal LePen (dont il est proche) qu’elle est soucieuse de son « identité culturelle, civilisationnelle » et surtout : « anthropologique ». Face aux angoisses que crée la mondialisation, face à la fin des identités sociales et politiques, dissoutes dans le consumérisme et le chômage, le FN sudiste propose ainsi une lecture anthropologique, racialiste et religieuse de la société.

La vision républicaine reste quand même très largement majoritaire et forte en France.

Oui, bien sûr mais elle se fait grignoter, sur sa droite, par un identitarisme, qui sous les atours d’une jeune femme de son temps, est en réalité une figure de l’ordre ancien. La gauche, en ne menant pas assez son combat anticlérical, libérateur, son combat pour l’égalité et le féminisme contre l’Islam radical, dans les quartiers populaires, a laissé s’installer un 1er identitarisme religieux et ethnique, refuge pour une population discriminée. Parallèlement, une angoisse identitaire est née dans une partie du reste de la population. Faussement républicaine chez Marine le Pen et carrément contradictoire avec la République chez Marion Maréchal-Le Pen, l’identitarisme est à l’œuvre. Et à droite, ça infuse : pour concurrencer le FN, N.Sarkozy utilise la métaphore de l’arbre qui a besoin de racines. Métaphore qui suggère que les déracinés ne sont pas sur le même plan que les Français de souche. On ne peut pas soupçonner N.Sarkozy, qui se définit lui-même comme ‘petit Français de sang mêlé’, qui a exclu Nadine Morano, de vouloir promouvoir une France ethnicisée, mais son ton actuel (plus en meeting qu’en studio à France Inter), les mots qu’il choisit, le terme « France de toujours » qui plagie (même si c’est un terme gaullien) la « France éternelle », sont autant de concessions faites à la grille de lecture identitaire qui mine le débat politique.

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