Ce soir, la déclaration présidentielle tant attendue.

Et qu’il convient de dramatiser parce que se joue la possibilité pour le président, tout simplement, de pouvoir le rester. Le pays ne supportera pas encore longtemps un tel chaos et l’état de droit, une telle situation sécuritaire. Emmanuel Macron doit apporter des réponses dans trois domaines : justice sociale, style présidentiel et institutions. Justice sociale : Est-il possible de prendre des mesures présentées comme une accélération du programme plus que comme un changement de cap ? Pour que les deux autres réponses (style et institutions, qui, elles, seront des changements de cap !) soient audibles, il faudra des solutions économiques et sociales sonnantes, trébuchantes et lisibles. 2/ le style présidentiel : On ne soulignera jamais assez le caractère autodestructeur que furent les rencontres impromptues du président avec des Français lors de ses déplacements. Quand il sermonne un individu ‘traversez la rue pour trouver un travail’ ou autres reproches qui apparaissent personnels, il ne nous représente plus, il prétend nous éduquer. Pour éventuellement pouvoir s’exprimer ainsi devant un individu, même jeune, même peut-être qui a besoin d’être secoué, il faudrait apparaître comme ayant vécu ou connu (en tant qu’élu) les difficultés sociales. ce n'est pas le cas. D’où ces critiques très dures à l’encontre d’un président jugé méprisant et pas à sa place. Cette violence entendue sur les ronds-points et les plateaux, cruellement décuplée par les réseaux sociaux, n’est certes pas –à ce point- majoritaire mais elle est assez puissante pour qu’Emmanuel Macron ne s’épargne pas un acte de contrition. 

Enfin l’aspect institutions. 

Le mouvement des gilets jaunes est populaire aussi parce qu’il a tenu les étiquettes politiques à distance. Il n’est pas apolitique pour autant. Le champ idéologique qu’il recouvre, à gauche de la gauche et à droite de la droite, ne peut pas s’exprimer de concert pour des raisons historiques, dans le cadre classique des partis et dans notre culture politique. Au-delà d’une réforme qui devra instaurer une bonne dose de proportionnelle, il faudra qu’en cohérence avec sa campagne de 2017, le président ouvre le chantier de l’horizontalité. Comment ‘gouverner avec’ plutôt que de ‘gouverner pour’ ! Il est urgent de trouver le moyen de retisser le lien entre la population et ceux qui sont chargés de mettre en œuvre la politique décidée. Comment casser l’infernale dynamique du complotisme qui disqualifie tout ce qui peut paraître officiel aux yeux d’une partie de la population ? Il faut pour cela faire preuve d’imagination institutionnelle, être inventif et s’inspirer par exemple des consultations de terrain menées sur les questions bio éthiques. Enfin quelle réponse politique ? Référendum ? Ce serait, dans le contexte, une question sur l’homme plutôt que sur le sujet… Dissolution ? Au-delà de l’aspect suicidaire pour la majorité, l’emploi de cet outil se justifierait si les gilets jaunes constituaient une force politique cohérente et à ce point puissante et structurée, qu’il faille la confronter, par simple décence démocratique, au suffrage universel. Ce n’est pas le cas. Reste bien sûr le changement de premier ministre pour matérialiser cette nouvelle étape du quinquennat. Cette possibilité, très classique, n’aurait de justification que si les trois réponses (économique, style et institutions) sont fortes et convaincantes.

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