La contestation de la réforme des retraites marque, dites-vous, une forme de ‘re-politisation’ des Français.

Sans pousser la comparaison trop loin, il n’y a pas de raison que les Français (peuple politique s’il en est) échappent à la vague mondiale de reprise de parole des peuples (Algérie, Irak, Chili, entre autres). La contestation chez nous dépasse la somme des inquiétudes par profession pour leur retraite. C’est une contestation plus globale, donc politique : si l’on considère la sympathie populaire pour une grève qui gêne la vie quotidienne de l’ensemble, si l’on considère la bienveillance majoritaire qui entoure les gilets jaunes, si l’on observe la pusillanimité la droite qui d’habitude met l’ordre et les finances publiques, l’autorité de l’Etat, au-dessus de tout, si on écoute les débats, si l’on laisse trainer ses oreilles dans les manifestations, il apparaît de façon flagrante une radicalisation, une nouvelle et massive tolérance pour des actions qui auraient été qualifiées de violentes, des discours qui seraient apparus extrémistes, il y a peu. L’impression de dépossession et d’impuissance des politiques semble vider nos institutions de son contenu démocratique. Le front du refus s’élargit à des populations jusque-là dépolitisées qui n’hésitent plus à s’exprimer avec un jargon partisan. La tonalité anticapitaliste et antilibérale est dominante aujourd’hui, bien au-delà du cercle militant habituel.

Aucun parti n’en profite pour autant !

Non, tout se passe comme si la ‘re-politilisation’ n’était que négative ... comme si les partis (même les nouveaux ou fortement renouvelés) étaient une composante du problème. LR et le PS ne sont pas considérés parce qu’ils ont gouverné trop longtemps. Les écologistes ne sont pas vus comme détenteurs de solutions sociales. Le RN, sur les retraites, paraît hors-sujet. Au moins ça n’est pas la faute des musulmans. Ça leur fait des vacances ! La majorité, faute de boussole, a brouillé son message initial sur les retraites comme sur beaucoup de sujets. Plus globalement, les évolutions politiques vont très vite. Emmanuel Macron pouvait incarner (il y a simplement 3 ans !) une certaine modernité. A l’époque (si l’on peut dire), le monde des GAFA, de UBER, de RBnB, du numérique libérateur et facteur de lien, était encore perçu par beaucoup comme enchanteur et porteur de solutions. Aujourd’hui ‘uberisation’ est un gros mot. RBnB est un vampire de logements en villes, les GAFA sont des fraudeurs du fisc qui ont ‘coolisé’ un capitalisme toujours plus sauvage. Le monde positif auquel Emmanuel Macron semblait vouloir adapter le pays apparaît aujourd’hui des plus repoussants. Paradoxe et retournement, Emmanuel Macron se bat sur la scène internationale pour taxer les GAFA mais pour beaucoup il est le représentant politique en France de leur monde! La re-politisation en termes anticapitalistes et anti-mondialisation devrait profiter à LFI... ce n’est pas le cas, comme si au fond, toute idée d’affiliation était suspecte. Politisation sans affiliation, voilà une équation incertaine ! La défiance envers la réforme des retraites met à jour beaucoup plus qu’une crise sociale ou politique : une crise de modèle de société. 

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