Le gouvernement a décidé d’y aller à pas feutrés parce la vaccination de masse est pour l’instant la seule lumière au bout du tunnel de la Covid.

Comment le gouvernement va-t-il faire face à la méfiance des Français vis-à-vis des vaccins ?
Comment le gouvernement va-t-il faire face à la méfiance des Français vis-à-vis des vaccins ? © Getty / Images By Tang Ming Tung

Face à la grande défiance majoritaire des Français, accentuée par le fait que les premiers produits disponibles (Pfizer, Moderna) sont d’une facture nouvelle, à base de matériel génétique, il faut éviter l’attitude d’autorité (assortie d’une obligation), le discours péremptoire ou infantilisant. 

L’idée, pour Olivier Véran (en attendant l’avis de l’Agence européenne des médicaments), c’est d’adopter un ton prudent. Les autres ministres sont invités à éviter le sujet. En nommant le professeur Fischer ‘Monsieur Vaccin’, en l’adjoignant d’un comité, avec des Français tirés au sort, il s’agit d’apparaitre le plus transparent possible. 

Dans d’autres circonstances, on aurait pu imaginer une offensive de communication agressive pour convaincre de la nécessité absolue du vaccin… Mais là, impossible : le niveau de défiance est tel que la rupture est proche. On en est là, le lien est fragile, depuis les mensonges (volontaires  ou pas) sur les masques

La défiance envers les vaccins est spécifique et de plusieurs ordres, qu’il ne faut pas mélanger

  • Il y a d’abord le noyau : la toute petite minorité de complotistes qui voient dans le vaccin un instrument au service de Bill Gates pour nous injecter une puce afin de dominer le monde, théorie tarée mais qui a son existence sur les réseaux sociaux ! 
  • Une autre partie, un peu plus large, de la population défiante, estime que Big Pharma’ se précipite afin d’engranger des bénéfices et que les Etats, avides de solutions, emboitent le pas, peu regardants. 
  • Une sphère plus large encore estime (avec le professeur Raoult) que le vaccin n’est pas utile, et que l’on ferait mieux de mettre le paquet sur le soin. 
  • Enfin, la plus grande partie des rétifs au vaccin s’estime tout simplement pas assez informée sur les effets secondaires ou indésirables potentiels

Sachant que la Covid, dans l’esprit de beaucoup, n’est pas un virus dangereux pour eux mêmes, l’acte intrusif de se faire injecter un produit tout juste sorti des laboratoires alors qu’ils sont en bonne santé, ne va pas de soi… passant au second plan le fait que la vaccination n’est pas un acte individuel mais collectif

C’est à ces derniers, largement les plus nombreux et rationnels, que veulent s’adresser les autorités sanitaires et politiques en évitant d’afficher une confiance béate, ou des certitudes venues d’en haut, préférant une prudence optimiste…  C’est une position d’équilibre délicate à tenir et les paroles suspicieuses du professeur Caumes (encore ce matin dans Le Parisien) en sont très éloignées et exaspèrent les autorités sanitaires. 

D’autant que, depuis quelques jours, les premiers résultats des études américaines, anglaises, canadiennes sont disponibles pour les experts du monde entier… et sont jugés positifs

Seulement on sait bien que ce ne sont pas ces résultats officiels qui feront changer d’avis les sceptiques. Ce sont peut-être de longues semaines d’explications patientes, plutôt que doctes, et surtout respectueuses des questionnements légitimes. 

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