Jean-Marie Le Pen a, à nouveau, voulu provoquer, ce week-end. Le président du Front National a décidé de se présenter aux élections européennes dans le Sud Est. Il se trouvait à Marseille ce week-end et, parlant du grand nombre de musulmans qui vivent dans cette ville, il a dit : « le maire s'appelle Gaudin mais si ça continue, un jour, le maire s'appellera Ben Gaudin ». C'est raciste et c'est nul et même pas drôle, tout le monde est d'accord. Mais le but n'était pas de faire rire, c'était de nous choquer, de nous horrifier, nous, commentateurs, vous, auditeurs. Il y a quelques années, après de tels propos, nous aurions fait réagir les responsables des associations antiracistes ; Monsieur Gaudin aurait déclaré, la main sur le cœur, sa sympathie envers la communauté musulmane ; on aurait activé l'armada droit-de-l'hommiste (comme dit Le Pen) ; convoqué des spécialistes de sciences politiques pour qu'ils nous retracent l'histoire de la xénophobie à travers les âges. J'aurais fait un édito, dès hier, dénonçant des propos honteux qui déshonorent la politique. Bref, ça aurait été le scandale de la semaine et Jean-Marie Le Pen se serait retrouvé, une fois de plus, au centre des débats ! Et bien, vous pouvez le constater : c'est un flop, la recette est obsolète. Non pas, heureusement, que le racisme se soit banalisé - il a même plutôt reculé en France, de nombreuses enquêtes le montrent. Les données ont changé, tout simplement : les angoisses sociales ne sont plus d'abord liées à la peur de l'invasion d'immigrés qui viendraient prendre notre travail mais plutôt, à l’inverse, à la crainte de la délocalisation de nos emplois. Cette nouvelle peur profite plus à ceux qui dénoncent le système capitaliste qu'à ceux qui cherchent des boucs émissaires. Du coup, les tirades haineuses et populistes de Jean-Marie Le Pen ne fonctionnent plus comme avant. Il faut dire aussi que Jean-Marie Le Pen n'est plus tout jeune. Il s'use, ses saillies verbales sont très vingtième siècle, elles sont même du millénaire précédent. Jean-Marie Le Pen composait ses déclarations tapageuses avec talent et verve mais aussi avec grossièreté et violence. C’était une sorte de théâtralisation gauloise de la politique. Il se préparait comme un chansonnier avant son show, faisait des vocalises, ménageait ses effets. Mais à être une bête de scène, on s'expose un jour à la ringardisation. On y est. Le Pen, ses larges blazer croisés à boutons dorés et ses trucs trop connus, n'épate plus, ne surprend plus. Ses mots d'esprit, si l'on peut dire, tombent à plat. De la même façon que le pétomane ne fait plus rire personne, Jean-Marie Le Pen ne choque plus personne. On a mis longtemps mais on a fini par piger, un peu comme un vieux poivrot qui insulte les clients au bout du bar, le mieux c'est de ne pas se formaliser et ne pas le regarder. Jean-Marie Le Pen en est là. Ces derniers temps, on le sentait un peu éteint. Il semblait se résigner à une préretraite bien méritée. Et puis, comme le vendeur de parapluies qui, au moment de plier son étale, sent quelques gouttes de pluie, se dépêche de réinstaller sa marchandise, la crise lui a redonné quelques espoirs ! Des manifestations d'ouvriers en Angleterre qui réclament des emplois pour les Anglais d'abord. Tiens ! Il y a peut être encore une tournée à faire, un dernier petit succès avant les adieux ! Et bien non, pour l’instant du moins, ça ne marche pas. Jean-Marie avait commencé sa carrière d'artiste dans les années cinquante, sur les bancs poujadistes de l'assemblée. C’était sous la IVème République. François Mitterrand, en producteur inspiré, avait su le remettre en selle dans les années 80. En 2002, c'est l'apogée de sa carrière, en 2007, comme les chanteurs à textes terrassés par le rock dans les années 60’, le voilà qui se fait détrousser son public par Nicolas Sarkozy. Aujourd'hui, il nous fait le coup des compagnons de la chanson qui faisaient leurs adieux tous les six mois sur la fin de leur carrière, dans une indifférence générale. Trop de Durafour crématoire et autres détails de l'histoire... Ben Gaudin, rendez-vous compte ! Ses vieux tubes même remixés à Marseille ne provoquent plus que haussements d'épaules, plus qu'un sentiment où l'affliction le dispute à l'indifférence.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.