Le Président annonce, dans Le Figaro magazine à paraître demain, qu’il soumettra, s’il est réélu, de grandes réformes à referendum.

Oui, on attendait une surprise, la voilà ! Nicolas Sarkozy renoue avec la droite décomplexée ! Il envisage de soumettre à referendum le mode d’indemnisation des chômeurs et le système juridique qui régit les expulsions des étrangers clandestins…Ce sont des thématiques et un début de formulation clairement destinés à plaire aux oreilles de droite, voire d’extrême droite. Une petite musique sur une tonalité France-éternelle, vient lier cette sauce « bleue horizon ». Le Président revient par exemple sur son fameux discours au Latran du début de son mandat pour l’assumer et rappeler les racines chrétiennes de la France. « N’amputons pas notre histoire » dit-il en réponse implicite au discours de François Hollande du Bourget qui, dans sa partie historique, ne faisait référence qu’aux événements post-révolutionnaires. La journée d’hier était peut-être caractéristique du combat (combat des valeurs et des symboles) auquel nous allons assister. Face à cette posture droitière-France des cathédrales, François Hollande faisait un discours sur l’éducation et les valeurs républicaines en honorant Jean Zay, jeune ministre du Front Populaire assassiné par la milice.

Nicolas Sarkozy pense donc que son salut électoral se trouve à la droite de la droite.

Oui, et il propose un dispositif qui semble prendre en compte la possibilité que Marine Le Pen n’ait pas ses 500 signatures.

Donc, c’est « à droite toute » ! Pour ce début de campagne en tout cas ! François Hollande avait consolidé son avance avec le discours du Bourget. Un discours de gauche, assumé, ferme sur ses valeurs. Nicolas Sarkozy semble vouloir faire de même. Un député UMP me confiait cette semaine qu’il était très pessimiste quant aux chances de Nicolas Sarkozy de l’emporter. Mais pour que les élus, les militants, les sympathisants de droite retrouvent un minimum de motivation, il faut réactiver les enjeux idéologiques. Il faut relancer du droite/gauche à l’ancienne, « ça, on sait faire » disait le député d’autant que là, au moins, le sujet ne sera plus la personnalité problématique de Nicolas Sarkozy mais ses propositions saillantes et bien estampillées. La stratégie référendaire pourra être présentée comme un retour aux sources du gaullisme. Mais, en creux, on peut y déceler un aveu d’échec. Nicolas Sarkozy n’a pas réussi à opérer la « rupture » qu’il souhaitait en 2007. Beaucoup de réformes ambitieuses n’ont même pas été tentées et l’on a confondu annonces et réformes. Il faut se rappeler du rapport Attali dont le Président avait dit qu’il appliquerait toutes les recommandations. Très peu ont été mises en œuvre et même la réforme des taxis parisiens n’a pas été tentée. Le Président en impute la responsabilité, non pas à son manque de courage, mais aux blocages opposés par les corps intermédiaires rétifs au changement. Le référendum permettrait de passer outre ces corps intermédiaires au sens large : syndicats, association, monde intellectuels. Emmanuelle Mignon, l’ancienne directrice de cabinet du président et théoricienne de la rupture avait été déçue que Nicolas Sarkozy abandonne la rupture dès 2007. Mais elle revient auprès du candidat 2012. C’est donc le retour de l’idée de la rupture. Avec un fond idéologique très conservateur et une méthode : le referendum. Façon de dire, implicitement : promis, cette fois-ci ça va marcher. C’est un pari !

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