Qui a vraiment besoin de cours d’instruction civique et de morale r​épublicaine ?

Ces dernières semaines, ​le débat public était focalisé sur la meilleure façon de faire comprendre aux enfants des quartiers ghettoïsés que leur place était dans la ​ République. On s’inquiétait du fait que nombre d’entre eux ne se sentent pas français et n’entendent rien aux valeurs de la République. Et chacun d’échafauder des plans de reconquête, à coup de mixité sociale, de politique de peuplement, de refinancement de ce tissu associatif qui tente tous les jours de sauver ces quartiers. Des prises de conscience bien nécessaires. Le ministère de l’Education réfléchit à mettre au point des programmes, des outils pour aider les profs, en première ligne. On parle même de retour à l’autorité du maître ! Ne rien laisser passer contre la morale républicaine élémentaire : racisme, sexisme, antisémitisme.

Et puis voilà Swiss leaks !

Oui et l’on prend conscience de l’étendue d’un autre incivisme, plus propre, plus pernicieux. Beaucoup plus dévastateur ! Un incivisme d’adultes riches et intégrés, d’enfants gâtés de la Nation. Et l’on ne peut s’empêcher de penser à tous ces cours de morale républicaine, toutes les séances d’instruction civique que l’on prévoit de délivrer aux adolescents relégués dans leurs banlieues… Mais aussi ces leçons de républicanisme que l’on délivre aux électeurs du FN, isolés dans leurs ruralité sans services publics ni emploi. Les fraudeurs (et dans la même logique, les champions de l’optimisation fiscale) désarment l’Etat, assèchent la solidarité, et donc démonétisent la République. C’est, à eux, en priorité qu’il faudrait demander des comptes en termes de moralité publique. Il y a en ce moment une étrange ambiance de maison de redressement républicain. Les populations que l’on désigne, comme étant en rupture de ban avec la République, ​ne sont peut-être pas principalement celles qui la défient crânement, en refusant une minute de silence du haut de leurs 13, 14 ans. Ni ces chômeurs qui votent FN par panique identitaire, dégo​û​t mal placé des cumulards et des impunis … Les premiers fossoyeurs de la République sont, en fait, ces privilégiés​,​ceux qui ont bénéficié des meilleures écoles, des infrastructures de l’Etat, qui se sont enrichis et qui soustraient leurs bénéfices au fisc. Il n’y a pas de République sans vertu, c’est un peu sentencieux, comme phrase… mais ce n’est pas de moi. Dans l’Esprit des Lois, Montesquieu distinguait trois formes de gouvernement: le monarchique, le despotique et le républicain, auxquels il a assign​é​un principe de base : l'honneur pour la monarchie, la crainte pour le despote… et pour la République : la vertu ! Sans vertu ni confiance pas de République. La confiance​...​​C​a​,​c’est Jaurès : « la République est ​un​grand acte de confiance »… disait-il dans son discours à la jeunesse en 1903. Les fraudeurs et les optimiseurs fiscaux, ceux qui ont trop longtemps fermé les yeux sur ces pratiques, privent la République des trois composantes de son carburant : l’argent, la vertu et la confiance…

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