Les députés ont donc adopté hier l’article concernant la déchéance de nationalité…

Et ce vote est un échec pour Manuel Valls et François Hollande. Ils cherchaient l’Union nationale, ils ont divisés jusqu’à leur majorité. Bien au-delà des frondeurs habituels. Tout indique qu’à la fin du processus la constitution ne sera pas modifiée ! Aujourd’hui, la droite peut tout à fait bloquer –et à bon droit- la réforme devenue incompréhensible par le plus grand nombre et même, au fond, désapprouvée par la plupart des personnalités de gauche, jusqu’au plus illustre et respecté d’entre eux, Robert Badinter. D’ailleurs, même ceux qui ont approuvé le texte cette nuit, ont déjà imposé un revers au président puisqu’ils savent que ce qu’ils ont voté ne conviendra pas au Sénat. Pour que l’article touchant à la déchéance de nationalité soit acceptable par assez de socialistes, il aura fallu le modifier substantiellement, ne plus faire référence à la bi nationalité dans la constitution, quitte à prendre le risque de créer une poignée d’apatrides dans 10 ou 20 ans !

L’ensemble de la réforme sera quand même adoptée solennellement aujourd’hui par les députés…

Oui, sans doute, mais ça ne vaudra rien ! Parce qu’il faut toujours se rappeler, pour comprendre l’impasse dans laquelle se trouve le président, que pour modifier la constitution, avant même de soumettre le texte au congrès à Versailles, il faut que le texte soit adopté, dans les mêmes termes, à la virgule près, par l’Assemblée et le Sénat. Il n’y pas de suprématie des députés comme pour les textes de loi ordinaire. Et le Sénat, qui va donc devoir se prononcer, est dominé par la droite. Une bonne partie des sénateurs est d’ailleurs proche de François Fillon, qui s’est prononcé contre l’inscription de la déchéance dans la constitution. D’autres sénateurs diront qu’ils souhaitent l’extension déchéance via le projet initial, celui du Président ! Avec mention explicite de la bi-nationalité (pour ne pas créer d’apatrides). Donc le Sénat –et c’est le monde à l’envers- renverra aux députés un texte diffèrent du leurs mais plus proche du projet du président ! Texte inacceptable pour les députés socialistes. Comme si le projet allait du palais du Luxembourg et le palais Bourbon par le Boulevard Saint Germain, c’est-à-dire à contre sens (pour ceux qui connaissent le quartier). Il ne peut que s’y échouer, s’y crasher... François Hollande ne se faisait d’ailleurs plus d’illusion ces derniers jours, il disait (se contentant donc de bien peu) que le principal c’était que sa majorité vote, unie, un texte… Même ça, il n’aura pas eu ! Sur ce coup, le président a perdu de l’autorité sur sa majorité. A droite, c’est à peine plus clair. Nicolas Sarkozy n’aura pas su imposer sa ligne. Au total, tout le monde aura perdu beaucoup de temps. Et nous… nous espérons que c’est la dernière chronique (peut-être l’avant dernière avant l’enterrement finale) sur ce sujet. On peut cependant déjà en tirer une petite leçon politique : ne jamais tenter de toucher à la constitution, à chaud, sous le coup de la colère, de l’émotion…

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