Les primaires américaines font des envieux en France. Le parti socialiste regarde avec beaucoup d'attention ce système particulier qui permet de départager des candidats. Leur chouchou au PS, c'est Barak Obama. Il est jeune, il est beau, il est nouveau, il est noir. Ah dans la France métissée, quel effet ça ferait ! Et puis franchement, Hillary Clinton... pfuiiit... Les histoires de femmes qui succèdent à leur mari aux plus éminentes fonctions, c'est pas trop leur tasse de thé au parti socialiste. Mais au-délà des personnalités démocrate ou républicaine qui vont finalement émerger, ce qui intéresse la gauche française, c'est la procédure d'élimination et de choix. Caucus, primaires, votes à main levée ou à bulletins secrets avec des centaines de milliers d'Américains qui participent directement à la décantation démocratique. Ah, la bonne idée ! Alors évidemment, au PS pour l'instant, on n'en est pas là. La priorité affichée, ce sont les municipales. Le dessein caché, c'est la succession de François Hollande. Et puis enfin le rêve pour demain, c'est évidemment 2012. Avec entre toutes ces étapes, quelques haies à franchir, sinon, ce ne serait pas drôle. L'une ressemble déjà à une montagne : la prochaine ratification du traité simplifié par les parlementaires. La décision prise par la direction du PS de boycotter le congrès fait grimper les ex nonistes dans les tours. "Hold up démocratique" "ponce pilate", les noms d'oiseaux ont refleuri comme aux plus beaux jours de 2005. Mais le 4 février, date de convocation à Versailles, la haie sera par définition derrière eux, qu'ils aient trébuché dessus ou non. Resteront donc les municipales, qui occupent localement tous les esprits socialistes avec l'espoir de regagner un certain nombre de villes - d'autant que le crû 2001 avait été mauvais - et puis le futur leadership du PS, qui attise, cette fois, nationalement toutes les ambitions. Ségolène Royal est partie au front la première. Bertrand Delanoë est un peu obligé d'attendre que son destin soit scellé à Paris. Pierre Moscovici s'est déjà lancé au nom des ni-ni (ni Royal, ni Delanoë), et on en attend d'autres, Julien Dray, parait-il, rapidement. Mais la prise de contrôle du PS ne règlera pas forcément le problème du choix du candidat pour 2012. Même si c'est un présidentiable qui en prend la tête d'ici la fin de l'année, il lui faudra pour se lancer dans la bataille, une re-légitimation. D'où l'idée d'une primaire. En réalité, l'exemple est moins américain en la matière, qu'italien. La désignation en octobre dernier par près de 4 millions de votants de Walter Veltroni, le maire de Rome, comme futur candidat du parti démocrate, qui efface les frontières entre l'ex parti communiste italien et la gauche démocrate chrétienne, en fait rêver plus d'un au PS. Royal ne cache pas que c'est un modèle. Montebourg et les strauss kahniens militent pour que ces primaires soient organisées au sein de toute la gauche. Julien Dray imagine déjà un vaste corps électoral de plusieurs millions de personnes, pas des militants, mais des citoyens actifs, qui paieraient 3, 4 euros pour avoir le droit de participer au choix du candidat de la gauche. Une gauche qui pourrait aller de Besancenot à Bayrou si les intéressés évidemment se prêtent au jeu. L'idée est également plébiscitée par les Français, par 60% d'entre eux selon un récent sondage LH2. Un candidat unique de la gauche, soutenu non par un, mais par tous les partis de gauche, et porté avant même le duel final, par des millions d'électeurs. Oui, que ce soit Obama ou Clinton à l'arrivée finalement, les socialistes français signent tout de suite, pour avoir dans 4 ans, cette légitimité que ces candidats américains sont en train d'acquérir.

L'équipe

Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.