Oui vendredi nous évoquions la nostalgie de l’ère Mitterrand. Alors, bien sûr on peut regretter que certains aspects de la politique telle qu’elle se pratiquait à la fin du vingtième siècle n’aient plus cours, on peut avoir la nostalgie des grands hommes, de leur grande culture, de la façon dont ils habitaient la fonction. Nous avons –en ce moment, c’est vrai- de quoi stimuler cette nostalgie… Mais ce qui est confondant, depuis quelques jours, c’est d’entendre certains leaders socialistes affirmer vouloir prendre exemple sur la façon de faire de la politique de François Mitterrand. Parce que, hormis un bilan contrasté, il y a dans le mitterrandisme, dans sa gouvernance, certains aspects que la propension actuelle à se vautrer dans les souvenir sépias, masquent de façon assez sidérante. Nous sommes en pleine « Amélie-poulinisation » des années Mitterrand. On repeint le passé en rose bonbon. En toute simplicité et en toute modestie, Ségolène Royal veut succéder au dernier président de gauche. Dans Le Monde de ce week-end la présidente de Poitou-Charentes en fait des tonnes pour nous convaincre qu’elle est la personne désignée pour prendre la suite de François Mitterrand dont elle détient un vrai morceau de la vraie croix : elle a travaillé à l’Elysée sous les ordres et dans l’ombre du grand président ; comble de l’argument « kimil-soungesque », Ségolène Royal tire prétexte du fait qu’elle est l’élue de la région natale de son héraut pour justifier d’en être l’héritière, c’est tout juste s’il ne lui a pas glissé à l’oreille, le jour de sa mort, qu’il la désignait pour poursuivre son œuvre sur la terre. Et Martine Aubry affirme, elle, vouloir s’inspirer du président Mitterrand... De quel Mitterrand ? De celui qui est arrivé au pouvoir en proposant un programme économique qui n’a pas tenu plus d’un an et demi ? Du Mitterrand de la guerre d’Algérie qui a voté, en tant que Garde des sceaux et membre du CSM, 45 fois contre l’amnistie de militants anticolonialistes condamnés à mort ? Du Mitterrand du discours de Cancun, tiers-mondiste qui finalement se range à la plus classique des réal-politiques ? Du Mitterrand qui favorise Jean-Marie Le Pen ou sacre Bernard Tapie en le nommant ministre ? Du Mitterrand qui entretient un aréopage de courtisans fascinés, du Mitterrand qui se représente en 1988 en falsifiant tous ses bulletins de santé ? Du Mitterrand qui déjeunait en douce avec René Bousquet ? Du Mitterrand qui faisait procéder à des écoutes illégales ? Bref, vu les aspérités de la vie politique de l’ancien président, quand on dit vouloir s’inspirer de lui, il serait bon de faire le tri, "l’inventaire" comme disait Lionel Jospin… Il faut écouter Jean-Luc Mélenchon, pourfendeur de la politique économique et européenne de François Mitterrand donnant respectueusement du « monsieur Mitterrand », la larme à l’œil à chaque fois qu’il évoque son grand homme qui a fait de lui un confident occasionnel et un sénateur ! Il y a aussi le cas Arnaud Montebourg, qui sacrifie, aujourd’hui à la mitterrandolatrie. Il s’était pourtant fait connaître en dénonçant la dérive monarchique des institutions à laquelle l’ancien président a apporté sa touche très personnelle au lieu de nous en débarrasser comme il l’avait promis. En réalité, la principale qualité de François Mitterrand, pour nombre de socialistes, semble être d’avoir porté la gauche au pouvoir. De ce fait il est paré de toutes les vertus, tant pis s’il n’a pas « changé la vie », tant pis si les inégalités étaient plus fortes en 1995 qu’en 1981.

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