François Hollande semble s’inspirer de François Mitterrand. Une drôle d’idée selon vous.

Oui, une drôle d’idée parce que François Mitterrand n’est sans doute pas l’exemple le plus pertinent pour la gauche d’aujourd’hui. Tout ce que proclame le candidat socialiste de 2012 est à cent lieues de ce qui a conduit François Mitterrand à la victoire en 1981. Si François Hollande devait gagner en mai, il ferait une politique économique et sociale diamétralement opposée à celle qu’a pratiqué pendant à peine un an et demi le premier président de gauche de la Cinquième république avant de devoir masquer un renoncement total derrière ce que l’on a appelé, le virage de la rigueur. Les époques sont différentes, l’histoire de la gauche n’en était pas au même point, le PC était puissant et l’on était à la toute fin des Trente glorieuses, époque de croissance, de hausse du pouvoir d’achat, et d’inflation. Mais au-delà de ces contextes qui interdisent un parallèle trop poussé, c’est l’enjeu même de la candidature Hollande qui n’a rien à voir avec celle de Mitterrand. En 81, il s’agissait de vérifier (rien que ça !), que la cinquième république était un régime démocratique qui permettrait l’alternance. Aujourd’hui la question est simplement de savoir si le balancier de l’alternance est en marche avec sa régularité déjà bien établie. Plus profondément, la présidence et le personnage Mitterrand valent-ils que François Hollande s’en inspire tant ? On peut en douter.

François Hollande imite au moins le style de François Mitterrand…

Il peut toujours se tenir comme son éloquent prédécesseur, appuyé sur un coude au pupitre, se lancer dans des tirades ironiques et ciselées, croiser les mains et se redresser façon buste de marbre inspiré, la similitude s’arrête là… Et parfois on voit un peu trop l’acteur. Les différences sont politiques et elles sont béantes. En 81, la gauche redistribuait pour finir par serrer la vis. Cette fois-ci, il faudra rétablir les comptes pour espérer redistribuer. Pourtant François Hollande entretient une forme de « mitterrandolâtrie ». La cérémonie de Jarnac, dimanche en était une manifestation. Il y aurait pourtant bien des figures tutélaires plus glorieuses : Jaurès, Blum, Clemenceau, Mendès seraient de meilleures sources d’inspiration que Mitterrand l’ambigu, l’homme de tant d’avancées mais aussi l’ami de Bousquet, le président de l’amnistie des généraux félons d’Algérie, le président de la « bernardtapiesation » de la vie politique des années 90. Le président de gauche qui n’aura pas moralisé la politique ni même dépouillé notre république de ses atours néo-monarchiques. François Hollande, est-il fasciné par le maître politicien, élu et réélu ? La statue pourrait s’avérer encombrante et à trop s’en inspirer, paradoxalement il risquerait d’apparaitre plus anachronique et superficiel à la fois que s’il puisait sa force dans l’esprit de personnages plus anciens mais plus forts. Jaurès qui a marié le socialisme à la République, Clémenceau (au moins pour sa période de parlementaire) le dreyfusard, l’anticolonialiste, l’inlassable apôtre de la laïcité. Blum, le réformateur humaniste, Mendès-France le résistant, le décolonisateur, le réaliste intègre…du beau monde que François Hollande serait bien inspiré de convoquer dans ses prochaines interventions. Avis aux plumes de l’ombre qui travaillent aux futurs discours du candidat.

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