Vous revenez sur le soutien exprimé hier de Bachar El Assad, à François Fillon.

Oui et c’est un 1erexemple de ce qui pourrait pourrir la campagne présidentielle : l’intrusion de responsables étrangers peu recommandables dans le débat pour tenter de se refaire une virginité en se posant en commentateurs d’un jeu démocratique qu’ils ne pratiquent pas eux-mêmes. Depuis le début du conflit, le président syrien essaie de mettre une partie de l’opinion occidentale de son côté en faisant en sorte de faire passer l’opposition à son régime, l’ensemble de l’opposition, pour des terroristes, uniquement des terroristes. Rappelons que Daech a conquis la quasi-totalité de son territoire sur les insurgés et non pas sur les armées du régime. Les Russes ont ensuite aidé le président syrien dans cette opération d’éradication de la rébellion sans les distinguer des djihadistes. Ou alors en les distinguant justement mais pour les cibler encore plus spécifiquement. Les 3 parlementaires LR qui se sont rendus ces derniers jours à Damas, dans une démarche de soutien explicite au dictateur, ont, de fait, impliqué F.Fillon et permis à B.El Assad d’apporter son soutien au candidat LR.

François Fillon ne dirait plus comme, il l’a fait en 2015, qu’il « faut aider Bahar El Assad » ?

Non. Depuis il y a eu Alep. Son parti ne l’accepterait pas. F.Fillon n’ignore rien des horreurs perpétrées par la dynastie Assad depuis des décennies mais il faisait une analyse selon laquelle le dictateur syrien était un moindre mal, une assurance vie pour les chrétiens de Syrie. C’est une position contestée par de nombreux responsables chrétiens d’orient qui estiment que la nature de la protection (d’ailleurs très relative) que Bachar el Assad leur apporte est de celle que les mafias apportent à leurs obligés. Après, devant l’évidence des bombardements ciblés sur des hôpitaux et les civils d’Alep, les condamnations de l’ONU, F.Fillon a largement cessé ses éloges envers la Russie. Il dit maintenant qu’il faut que la France retrouve les moyens de dialoguer avec Poutine, dans la tradition d’indépendance de sa diplomatie vis à vis de Moscou et Washington. Mais c’est bien les premières positions hétérodoxes du candidat, très différentes de celles de Juppé et même de Sarkozy lorsqu’il était président, qui ont permis à Bachar El Assad de s’inviter dans la campagne présidentielle. Pour que cette interférence mortifère et salissante n’ait pas d’incidence, et ne se reproduise pas, il faudrait deux choses. D’abord que F.Fillon condamne plus clairement le voyage des trois zélateurs du dictateur, et d’autre part que personne ne tente d’exploiter le soutien de Bachar El Assad pour assimiler F.Fillon à un bachariste poutinophile sans distance. Bruno Le Maire, le responsable « Politique étrangère » de la campagne Fillon, évoque le voyage des 3 députés en parlant « d’initiative personnelle »… il n’a sans doute pas pu être plus sévère pour ne pas attiser la polémique et créer des héros-victimes…mais c’est un peu court pour qualifier ceux qui ont quand même rapporté dans leur bagage un tel cadeau empoisonné.

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