Le grand débat… En sommes-nous capables ?

Une croyance, bien ancrée, veut que notre caractère gaulois (réfractaire et bagarreur) comme nos institutions, faites pour armer un exécutif puissant, favorisent plus l’autorité du haut que la responsabilité du bas. Qu’en est-il vraiment? Nos institutions et d’abord l’élection du président au suffrage direct. Le général de Gaulle l’avait théorisée, c’est la rencontre entre 3 éléments : un homme, des circonstances et le peuple. Il n’est pas absurde que cet homme tente, quand ces trois éléments ne se conjuguent plus,  de trouver le moyens de les ressouder. De Gaulle considérait (son caractère et son époque le voulaient) que pour résoudre les graves crises, il fallait passer par des référendums plébiscitaires. Oui ou non et si c’est non je pars. Le président de 2019, dans un monde ouvert et connecté, n’a plus tout le pouvoir qu’avait le général. Il doit gouverner AVEC plus que POUR les Français. Le recours à une forme de démocratie participative qu’il faut inventer est donc plus logique. Reste bien sûr à établir le degré du caractère contraignant de l’issue de ce débat sans risquer un conflit de légitimité avec le parlement qui détient (quand même !) aussi une part de la souveraineté populaire ! Et comme d’habitude, nous inventons ce débat sous la contrainte, forcés par l’une des trois composantes décelées par le général : les circonstances…

Et donc, sommes-nous capables  de débattre ?

Plutôt que de nous tourner, encore une fois, suspicieux vers l’Etat qui propose ce débat, plutôt que de le regarder, goguenard, s’organiser dans la douleur (même sans être certains de la sincérité du président), pourquoi ne dirions-nous pas ‘chiche’ ? Pour se persuader qu’on ne peut pas débattre sereinement, on incrimine nôtre caractère latin, ou notre propension gauloise et révolutionnaire à préférer le pugilat, même intellectuel, à l’argumentation. Il vaut mieux être boxeur que journal d’opinion pour susciter une souscription spontanée et populaire. Un philosophe médiatique, incapable d’éclairer le réel, préfère les balles réelles. Adepte du tout ou rien, passionné d’égalité par jalousie plus que par justice, de libertés individualistes plus qu’individuelles, nous serions inaptes à nous discipliner et à débattre sereinement. Forts de leur esprit protestaire, les perdants politiques, incapables d’accepter leur défaite, en profiteraient pour tenter d’obtenir ce qu’ils ont perdu dans les urnes et même dans la rue (loi travail ou Mariage pour tous). La plupart des élus sont dubitatifs et estiment qu’Emmanuel Macron a lancé cette idée pour gagner du temps et -qu’au mieux- tout ça finira par un référendum à choix multiples, reprenant peu ou prou des conclusions qui ne remettent pas en cause le cap économique du gouvernement… Bref, n’étant ni de pausés suisses ni de polis scandinaves, mais habitués à fouler et lancer le pavé plutôt qu’à aborder un débat avec la possibilité de se laisser convaincre, nous préjugeons que ce sera un échec… La vraie belle surprise serait que ce soit le contraire... que le débat fonctionne ! Après tout, l’autre trait de caractère supposé des Gaulois (qui savent –comme dans Astérix- se mettre, à la fin, autour d’une table, au moins pour un banquet)… c’est leur imprévisibilité !

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