Le décès du coursier Cédric Chouviat et plus globalement la doctrine du maintien de l’ordre en France posent question.

Pendant une manifestation du 1er mai à Paris
Pendant une manifestation du 1er mai à Paris © Getty / SOPA Images

Peut-on parler de dérive sécuritaire ?

Il y a, depuis quelques années, un vrai problème avec la police. Une pente violente préoccupante. Comme si la civilité, le sang-froid des forces de l’ordre, étaient des qualités déclinantes. Associations, avocats, journalistes, activistes le notent. 

Il y a des explications : vétusté des locaux, multiplication des tâches, augmentation d’une certaine agressivité de la société dans son ensemble… 

Le fait est : ceux que l’on n'appelle plus ‘les gardiens de la paix’, souvent, ne rassurent plus. 

Dans le cas Cédric Chouviat, les éléments semblent d’emblée accablants pour la police. L’enquête est en cours. Ce pourrait être une bavure parmi d’autres, seulement le contexte général –et on l’a encore vu hier lors des manifestations- est trop teinté de ce qu’il faut bien appeler des ‘violence policières’, malgré les œillères volontaires du président qui refuse le terme. Il ne s’agit pas juste d’un défaut de formation ou de moyens mais d’une dérive sécuritaire. D’une politique ! 

Qu’est-ce qui permet de dire ça ?

Depuis des années, le discours sécuritaire est en vogue. Le terrorisme a réussi à nous faire accepter des petites touches d’autoritarisme, une police moins scrupuleuse, moins républicaine dans l’attitude quotidienne. Et puis tout se passe comme si cette majorité (idéologiquement peu sûre d’elle) avait craint –au plus fort de la crise des gilets jaunes- de se faire déborder par les colères populaires et qu’elle avait, de ce fait, beaucoup céder à la doctrine réflexe autoritaire de la hiérarchie et des syndicats policiers. 

Ces derniers, particulièrement, ont l’oreille du ministre qui semble les craindre comme jamais ! 

On peut mesurer, par exemple, la victoire de la logique policière par ce glissement : en 2016, pour lutter contre l’arbitraire, on débattait du récépissé de contrôle. Aujourd’hui on n’en parle plus. Et l’Intérieur commande 80.000 cagoules pour masquer les forces de l’ordre. Bien sûr, certaines opérations requièrent l’anonymat… mais les règles, en la matière, ne sont pas respectées. 

De nombreuses opérations de maintien de l’ordre se font désormais masquées, déresponsabilisant les policiers. 

L’hostilité manifestants/policiers se renforce et aboutit à des situations dont la police elle-même est victime. Les documents collectés par David Dufresne et d’autres journalistes, ces derniers mois, sont massifs et édifiants. 

Les suites judiciaires sont rares et lentes, l’IGN (la police des polices) perd de sa crédibilité. La violence inédite de certains Gilets jaunes ou de black-bocks ne justifie pas tant de manifestants estropiés. Le harnachement ‘robocopisant’, le sur-armement, les cagoules, créent une atmosphère tendue, belliqueuse, et signent une politique. 

Le fait, par exemple que, désormais, les policiers filment, systématiquement les cortèges, même quand il ne se passe rien, trahit-elle une volonté de fichage ? 

Nous n’en sommes pas là mais il se trouve que, concomitamment, le gouvernement souhaite tester la reconnaissance faciale. 

Dans les années qui viennent, les temps politiques pourraient être moins sereins. La tentation illibérale et autoritaire est partout. Pourquoi la France ferait-elle exception ? Il nous faut donc, sur ces sujets de liberté publique, rester en alerte et exercer une vigilance de contre-pouvoir sans parano mais sans concessions.

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