Dernier édito politique avant les vacances. Et cette saison depuis septembre a été riche en événement politique. Le rythme imposé par le président de la république à tous les acteurs de la vie politique, mais aussi aux observateurs et les commentateurs que nous sommes, nous a mis dans une sorte d'essoreuse à idées, un tourbillon d'annonces, pas toujours suivies d'effets, un torrent d'actions pour une somme de résultat qui n'est pas en rapport (et de loin) avec l'agitation politique depuis septembre. Il faut dire que la crise a chamboulé quelques plans présidentiels. La crise mais aussi tout simplement la réalité du pays, qui s'est révélée plus forte que les velléités de rupture. Surtout dans les domaines symboliques et essentiels que sont par exemple la laïcité et la citoyenneté. Ainsi, les marqueurs de la spécificité sarkozyste qui étaient la laïcité positive et la discrimination positive ont été abandonnés plus discrètement qu'ils avaient été annoncés mais sans doute définitivement et explicitement lors du discours du 20 juin dernier. En matière économique et sociale, nous avons assisté à un retournement de la doctrine sarkozyste. Là où il fallait réformer le modèle social français pour l'adapter à la réalité du monde d'avant la crise, il faut maintenant le renforcer pour nous protéger des effets de la crise - c'est du moins ce qui est dit. Bref, cette année aura été la chronique de la « rupture d'avec la rupture » qui définissait le sarkozysme. Ça aura été, parallèlement, et de façon finalement assez contradictoire, l'année de la montée en puissance de l'Hyper président avec, en apogée, une sorte de discours du trône sans vote, le premier depuis 1875 du président devant les sénateurs et les députés à Versailles. Finalement, il n'a été question que de Nicolas Sarkozy, ou quasiment. Même en plein congrès socialiste, la question était : « Comment ce parti doit-il s'y prendre pour s'opposer efficacement à Nicolas Sarkozy ? » Alors je me suis livré à une petite recherche sur mon ordinateur. J'ai été dans mon dossier « Kro-inter », c'est comme ça que j'appelle le dossier dans lequel j'archive mes chroniques matinales, et j'ai lancé une recherche avec comme mot clefs « Sarkozy ». Sur 205 éditos depuis septembre, le mot Sarkozy a été prononcé au moins une fois dans 197 ! Le président n'était pas le sujet principal de toutes ces chroniques mais la vie politique étant organisée autour de lui, même en parlant des verts, de la gauche, de l'extrême gauche ou du FN, on est forcément amené à évoquer l'hyper-président. Et puis je me suis amusé à faire le même exercice avec l'homme qui est censé conduire la politique de la France. J'ai fait une recherche avec le mot « Fillon ». Mot assez peu usité qui veut dire premier ministre. 16. 16 fois seulement sur 205 chroniques ! Ces deux chiffres sont plus éloquents que n'importe quel cours de science-Po consacré à l'évolution de la pratique de nos institutions par l'actuel président ! J'ai fait cet exercice le week-end dernier et je me suis dit que pour ma dernière semaine avant les vacances, je ne prononcerais pas le nom de Sarkozy ! Une contrainte à la Perec avec son roman "La disparition", entièrement écrit sans la lettre « e ». Cet exercice de style n'a évidemment pas résisté à ma conscience professionnelle. Je suis chargé de commenter l'actualité politique et cette semaine, c'était le retour de la loi sur le travail du dimanche, c'était la motion de censure, les rumeurs de suite du remaniement, la nomination de Jupé et Rocard pour réfléchir à l'emprunt. Impossible de ne pas évoquer le président. Mais je n'abdique pas et je promets à ma famille qu'à partir de maintenant, et pendant toutes les vacances, je ne prononcerais pas une seule fois le nom de... qui vous savez.

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