Par Carine Bécard.

Les responsables d'Europe Ecologie - Les Verts sont reçus un par un depuis le début de la semaine, par François Hollande ou par Jean-Marc Ayrault... parfois même par les deux ! Hier, le Premier ministre a annoncé 12 milliards d'investissements d'avenir, dont la moitié serait consacrée, de près ou de loin, à la transition énergétique. De quoi remettre, on imagine, un peu d'huile dans les rouages entre les deux partenaires...

C'est vrai que cette belle enveloppe a tout d'un cadeau du Gouvernement fait aux Verts pour se faire pardonner l'éviction brutale de la ministre de l'Environnement, il y a tout juste une semaine. Delphine Batho avait « maladroitement » critiqué la baisse de 7% de son budget pour l'année prochaine., mais le propos de la ministre sonnait plutôt juste. Et c'est sans doute ce qui a poussé, hier, Matignon à marquer le coup sur la transition énergétique.

Est-ce que cela suffira pour autant à faire tomber la fièvre entre écologistes et socialistes? Pas si vite... Pas tout de suite. Les Verts réclament aussi de sérieux gages en matière de fiscalité écologique. Sans oublier deux dossiers qu'ils attendent de voir avancer : les gaz de schistes (ils s'opposent à leur exploitation) et la Centrale nucléaire de Fessenheim qu'ils n'ont certainement pas renoncé à fermer...

Il reste donc un sérieux fossé à franchir pour rapprocher les lignes défendues par les uns et les autres, mais les Verts ont apprécié, hier, ce premier effort de Jean-Marc Ayrault sur la transition énergétique. Pas sûr qu'il ait forcément satisfait en revanche tous les socialistes. Car, certes, le PS reconnaît que l'agacement du partenaire Vert au sein de la majorité exigeait une concession, mais une partie de la Gauche estime que les écologistes occupent déjà une trop grande place dans le jeu politique.

Cette gauche-là, en réalité, ne s'est jamais remise du succès électoral d'Europe Ecologie - les Verts en 2009. Quatre ans plus tard, et après l'élection présidentielle ratée d'Eva Joly, ils sont nombreux au PS, à attendre des écologistes qu'ils se taisent, et qu'ils rentrent dans le rang...

... sauf que les socialistes risquent d'avoir sérieusement besoin des Verts, en mars prochain.

Bien sûr ! A l'heure des élections municipales. Le contexte est, on ne peut plus, défavorable pour le parti socialiste qui, du coup, va vouloir très vite se tourner vers ses alliés. Voilà pourquoi, le PS demande dès à présent aux écologistes de signer des alliances électorales, à respecter dès le 1er tour.

En réalité, les Verts ne semblent pas mesurer - politiquement - le rapport de force positif dans lequel ils se trouvent. Ils savent pourtant, par expérience, qu'il leur est justement arrivé d'enregistrer de vrais succès électoraux, quand au même moment les socialistes se sont, eux, effondrés. Cela a été le cas - reprenons l'exemple - en 2009, lors des dernières élections européennes. Belle performance aussi en 2010, lors des élections régionales.

Les Verts ne devraient donc pas hésiter à se lancer seuls! Et pourtant, non, ils ont l'air de douter... Et quand ils décident finalement, d'imposer leur propre tête de liste, comme à Nantes ou à Paris, ils choisissent des candidats inconnus du grand public. Manière de dire qu'ils essaient d'être autonomes au 1er tour, mais qu'ils promettent déjà, et trop lisiblement, le retour au bercail pour le second tour. Pas sûr que cela séduise franchement les électeurs. L'opération pourrait même coûter très cher à EELV, très ancré localement, en lui faisant perdre un nombre conséquent de ses élus Verts.

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