Carine Bécard

C'est une petite musique qui revient sans cesse : faut-il gommer le sigle UMP, pour espérer effacer toutes ses difficultés? Lancer un nouveau parti, l'hypothèse paraît farfelue. Et pourtant, c'est bien ce qui pourrait arriver. Oui, cette perspective de changer de nom pour l'UMP a été soufflée pour la 1ère fois, il n'y a pas si longtemps, peut-être un peu plus d'un mois. Vous vous souvenez sans doute de Nathalie Kosciusko-Morizet - elle a été l'une des premières justement à évoquer "de trop mauvais souvenirs à l'UMP, il faut changer de siège et changer de nom". Voilà ce que disait, en substance, l'ancienne porte-parole de la campagne de Nicolas Sarkozy. Quant au dernier à en avoir parlé, Christian Estrosi, pas plus tard que cette semaine. Ses mots étaient bien plus tranchés encore. Pour lui, son parti est "déjà mort", "nous ne pouvons plus faire autrement que de changer de nom".Reste à comprendre... Est-ce que la "marque" UMP est à ce point abîmée, par toutes les affaires, par son impasse financière, pour qu'il puisse être décidé - en urgence - de la débaptiser? En fait, ce sont plutôt les hommes - les dirigeants, certains dirigeants - qui sont abîmés... mais pas l'enseigne à proprement parler. Au contraire, l'UMP reste l'héritière d'une lignée politique dont elle n'a pas à rougir, qui va du gaullisme à l'ancien RPR. C'est une belle machine, très jeune encore - l'UMP n'a que 12 ans - mais qui a déjà permis de remporter l'élection-reine : une présidentielle.

Et pour autant, fonctionne-t-il "normalement" ce parti, comme n'importe quel mouvement ? Pas vraiment. D'abord, il ne produit plus d'idées, ou s'il en produit, ce sont les idées de quelques individualités, rarement d'accord entre elles. Ensuite, s'il n'y a plus suffisamment d'idées, eh bien il n'y a plus du tout de débats. Ajoutons à cela, une direction transitoire, une absence de stratégie : l'UMP se veut-elle dure ou modérée ? Bref, le parti "tient" encore - c'est vrai ! - mais concrètement sur rien.

Donc aujourd'hui, la droite a tout à reconstruire. Oui... tout ! Et c'est en rebâtissant tout, qu'elle pourrait bien songer à changer de nom. Si le prochain président de l'UMP - celui qui sera élu par le Congrès de la fin de l'année - met en place à son arrivée une nouvelle équipe, une nouvelle organisation, une nouvelle ligne politique et de nouvelles alliances. Le parti qu'il remettra sur pied n'aura plus rien à voir avec l'actuelle UMP. Or, c'est bien ce que les militants attendent de chaque candidat à la présidence du parti : un plan - non pas pour sauver le mouvement, puisque c'est ce à quoi travaille quotidiennement le Triumvirat - mais un plan pour changer l'UMP. Et c'est effectivement ce que proposent déjà les deux premiers concurrents officiellement en licen : le député de la Drôme, Hervé Mariton et l'ancien ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire. Tous les deux revendiquent de rompre avec le parti d'aujourd'hui. Et s'ils changent radicalement tout, dans le fonctionnement de l'UMP, on voit mal pourquoi ils hésiteraient à le nommer autrement. Cette évidence est plus forte encore, s'agissant de Nicolas Sarkozy. Lui-même le dit : il veut "tout changer", créer un "grand parti du futur". En fait, l'ancien président y sera contraint. S'il revient et s'il ne change rien, personne ne comprendrait l'objectif de ce retour tant annoncé.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.