35H, retraites, représentativité syndicale... A l'heure où le dialogue social se tend - des appels à la grève sont lancés pour aujourd'hui - Xavier Bertrand est l'invité de France Inter ce matin à 8h20. Aux Guignols de l'Info, il est le gentil, un bisounours dans un monde de requins. D'ailleurs, Xavier Bertrand est tellement gentil, qu'il l'assure dans une interview à "Téléloisirs" : "les Guignols restent mon programme préféré." Aimer sa caricature jusqu'à la caricature, c'est tout Xavier Bertrand ça, capable d'en faire toujours un chouïa trop. Mais le bon docteur Xavier, celui qui, depuis 2003, depuis qu'il a été découvert par Alain Juppé à l'UMP pour animer le débat national sur les retraites, ne s'attirait que des louanges, sur son souci du dialogue et sa capacité de travail, ne serait-il pas en train de se muer en vilain Mister Bertrand, cauchemar des syndicats et fossoyeur du dialogue social ? Citations de fin d'année, alors que l'intéressé avait tout de même réussi le tour de force de faire passer en douceur, ou presque, la réforme des régimes spéciaux de retraite. "Il est rond, il maitrise son dossier et avance pas à pas." François Chérèque CFDT. "C'est quelqu'un avec qui on peut vraiment discuter, mais qu'il est difficile de convaincre." Bernard Thibault CGT. "C'est un homme de dialogue, pas un techno." Jean-Claude Mailly, Force Ouvrière. N'en jetez plus. A l'époque, il n'y a guère qu'à l'UMP et au sein du gouvernement, premier ministre en tête d'ailleurs, qu'on lui décerne le premier prix de la non-camaraderie et qu'on le soupçonne de vouloir prendre la première place partout. Sauf qu'aujourd'hui, le discours a changé : "Xavier Bertrand a, avec légèreté et précipitation, réussi à stopper une modernisation sans précédent, à cliver et radicaliser les opinions, à provoquer la défiance envers les politiques et la zizanie entre les organisations syndicales". Signé ? Non pas Furax, François Chérèque, le même. "Monsieur Bertrand, j'en suis désolé manie le mensonge," Bernard Thibault le même également. Mais que s'est-il passé pour qu'il y ait un tel changement de climat ? Juste, un changement de pied de son patron auquel Xavier Bertrand s'est, sans broncher adapté. Nicolas Sarkozy a cru bon en début de mandat, apparaître comme le chantre de la démocratie sociale. Jamais d'ailleurs, les syndicats n'ont autant été reçus à l'Elysée par le président. Mais les temps changent. Et parce que l'Elysée analyse le désamour des Français comme une revendication comptable des réformes pas encore menées, la priorité de Nicolas Sarkozy, c'est maintenant de donner des signes clairs à cet électorat en attente. Résultat : l'important c'est de passer les réformes, à tout prix, même, et peut-être même surtout, au prix du coup de force. Dans l'histoire, les syndicats se sentent un peu les dindons de la farce. Et Xavier Bertrand, ministre des relations sociales, devient dans ce nouveau schéma l'exécuteur de toutes les manoeuvres élyséennes. Sans état d'âme. Stratégie illisible sur les 35 heures, embrouillamini sur la majoration des heures supp ? Si on ne comprend rien, ce n'est jamais la faute de l'Elysée ou du ministre qui travaillent main dans la main, mais toujours celle des autres. Les Fillon, Copé, Devedjian qui ne comprennent rien à rien à la stratégie présidentielle. Le rond Xavier, s'est mué en fine lame Bertrand. Les syndicats ne le reconnaissent plus. Tant pis, lui, y a gagné la reconnaissance de Nicolas Sarkozy. "Comme l'a très bien dit Xavier, il a bien parlé hein Xavier", répète de déplacement en déplacement le président de la République désormais quasi toujours flanqué de son ministre. Reconnaissance éternelle ? Jamais, dans ce monde là. En cas de tension sociale trop forte, Xavier Bertrand sera forcément coupable. En tout cas, au sein du gouvernement, certains ne sont pas mécontents de voir apparaître sous l'enveloppe de latex de la gentille marionnette, la vraie nature, disent-ils, de Xavier Bertrand.

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