Alors, Dominique Strauss-Kahn est-il de gauche ?Impossible de répondre, bien sur à cette question ésotérique du genre « qu’est-ce qu’un bon chrétien » ? Et puis, encore faudrait-il s’entendre sur ce qu’est la gauche aujourd’hui, toujours est-il, que la question semble angoisser une partie des sympathisants et responsables de gauche à propos de DSK alors qu’il ne viendrait pas à l’idée de la poser pour Martine Aubry. Pourtant Martine Aubry, elle-même répète, à l’envie qu’elle est sur la même ligne politique que le patron du FMI. Ils ont été ensemble, dans le gouvernement de Lionel Jospin et le vrai concepteur des 35 heures et des emplois jeunes c’est, en réalité Dominique Strauss-Kahn. Aujourd’hui, malgré leurs dénégations, il faut bien constater qu’ils ne disent pas la même chose sur les retraites ou sur la politique de rigueur qu’il convient de mener en Grèce ! Lequel des deux n’est pas dans leur ligne censée être commune ? C’est intéressant et inédit parce que nous avons pour une fois, une offre politique qui est incarnée, simultanément (et non pas successivement) dans l’opposition et en pleine responsabilité. Etre de gauche pur jus, label rouge, propre à rassurer le bon peuple de gauche serait donc plus une question de situation. « Dis moi d’où tu parles »…Entre 1989 et 91 Martine Aubry était numéro deux de Pechiney, l’adjointe de Jean Gandois, rendez-vous compte ! Gandois qui fut aussi président du CNPF, pendant que Dominique Strauss Kahn, député d’une circonscription populaire du Val d’Oise était chargé de l’élaboration du programme économique des socialistes…si l’on appliquait aux politiques les méthodes de traçabilité du bétail pour s’assurer de leur pédigrées et être certain qu’ils ont été nourris au grain socialiste, Martine Aubry, en 89/91 n’était pas vraiment aux normes alors que DSK était un vrai camarade certifié d’origine. Au gré de l’évolution de leur CV, on ne les perçoit plus de la même façon et aujourd’hui, donc, la question se pose. L’interrogation faisait la une de Libération, il y a quelques jours et constitue une bonne partie des questions que les auditeurs adressent à nos invités socialistes comme ce fut le cas hier pour Julien Dray. Il n’y a pas les mêmes interrogations à droite ?Non, la marque « gauche », pour parler comme les publicitaires, a une identité plus forte, plus structurante. C’est une notion plutôt positive en général alors que l’étiquette « droite » semble plus honteuse. La droite ne s’affirme pas volontiers de droite alors que la gauche se revendique jalousement comme telle. Il y a quelques années Nicolas Sarkozy disait qu’il voulait décomplexer la droite. Il n’y est pas tout à fait parvenu. Quand Jean-Luc Mélenchon quitte le PS par la porte gauche il crée, tout naturellement le Parti de Gauche. Quand Christine Boutin quitte l’UMP par la porte de droite elle ne crée pas le parti de droite, ça paraitrait incongru et déjà presque extrémiste, elle crée le Parti Chrétien Démocrate…. Quand Jean-Marie Bockel passe à droite, il appelle son parti « Gauche Moderne » avec la volonté affichée de représenter les « sarkozystes de gauche » comme il existait les « gaullistes de gauche ». Il n’aurait pas imaginé de l’appeler « droite moderne ». Même Eric besson se dit toujours de gauche. Les personnalités de droite qui avaient rejoint François Mitterrand n’avaient eu l’idée de créer le club des « mitterrandistes de droite » ! On entend souvent le reproche fait à la gauche de ne pas être assez à gauche et le reproche à la droite d’être trop à droite. Malgré tout ça, depuis le début de la Cinquième République, c'est-à-dire depuis 52 ans, la gauche n’a gouverné que 15 ans donc cinq ans de cohabitation avec Jacques Chirac et la droite 37 ans…

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