**Le thème de la sécurité revient sur le devant de la scène, cette semaine, à la faveur des troubles à Sevran et aux Tarterêts, un quartier de Corbeil-Essonnes.Oui, les poussées de violence en banlieue donnent toujours lieu à des débats politiques passionnés et virulents. L’exécutif accompagne les événements en proposant de nouvelles lois, toutes plus sécuritaires que les précédentes. Pendant l’ère Sarkozy, le rythme de ces projets s’est accéléré, concernant des domaines dans lesquels on avait déjà légiféré l’année précédente, à l’occasion d’événements similaires : émeutes en banlieue, faits-divers avec récidivistes, bavures policières dans des contextes de défiance entre forces de l’ordre et jeunes des quartiers. Le propos était de durcir des lois que l’on n’avait pourtant pas encore eu le temps d’éprouver. La fonction de la loi, dans ces cas là est plus dans l’effet politique de son annonce que dans les résultats concrets de son application. Dans ce schéma classique, la gauche dénonçait la dérive sécuritaire et en appelait à s’attaquer au mal-être social. On opposait donc la responsabilité individuelle ventée par la droite, forcément sécuritaire au contexte social invoqué par la gauche, forcément angélique. Et vous connaissez cette jolie définition du foot ? « Ce sont 22 joueurs qui jouent au ballon et à la fin c’est l’Allemagne qui gagne ». Avec les débats sur la sécurité, à la fin, c’est la droite qui gagne. Mais ça ne marche plus tout à fait comme ça!Non, d’ailleurs Ségolène Royal l’avait bien compris en 2007. Elle avait fait assaut de propositions sécuritaires pour casser ce débat trop mortel pour son camp. Mais elle n’avait pas été suivie par ses amis socialistes (« amis socialiste » : il y a un oxymore camouflé que chacun aura repéré, bien sûr). Surtout elle procédait, pour être au centre des débats, par une succession de propositions chocs et censées briser les tabous de son camp. La tactique perçait sous le discours. C’était contre-productif. Mais depuis les choses ont changé. Les socialistes sont devenus, eux aussi, sécuritaires, à leur façon : ils gèrent quasiment toutes les régions et presque toutes les grandes villes. L’armée des élus locaux socialistes vit la violence urbaine au quotidien et souffre au premier chef du démantèlement de la police de proximité. Les socialistes retrouvent les accents de l’autorité de gauche, des accents « clémencistes » ou « chevènementesques ». Depuis le fiasco stratégique de l’été sécuritaire de Nicolas Sarkozy, ce débat n’est plus rentable pour la droite. Aux coups de mentons volontaristes du Président, la gauche n’a pas opposé son légendaire angélisme… Elle a réclamé plus de policiers ! Depuis, d’Aubry à Hollande, les socialistes réclament de l’autorité. Après avoir longtemps confondu, par réflexe « insécurité » et « sentiment d’insécurité », le PS voit bien que ses électeurs sont exaspérés par la violence. Dans ce contexte il existe un risque pour la gauche : celui de la surexploitation. En répétant : « Je suis favorable à l’encadrement militaire des jeunes délinquants et je propose que ce soit expérimenté en Poitou-Charentes », Ségolène Royal semble en rajouter. Quand on a été précurseur dans son propre camp, la tentation de pousser le bouchon toujours plus loin est forte. La sécurité est un thème qui permet d’afficher l’autorité et le volontarisme. Il est donc électoralement très rentable. Sur le terrain c’est autre chose. Rétablir la sécurité est une tâche de longue haleine, qui a autant de rapport avec les politiques d’urbanisme, d’éducation et d’emploi qu’avec l’idée nécessaire mais assez abstraite du « rétablissement de l’autorité républicaine ».**

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