Ce matin vous évoquez Pierre Mauroy et l’influence de son action, à Matignon -1981 à 1984- sur la politique actuelle...

Oui, parce que Pierre Mauroy symbolise le socialiste authentique, sincère, proche du peuple et chaleureux. L’élu ancré dans son territoire nordique avait le verbe un brin emphatique et la carrure généreuse. Homme cultivé, féru d’histoire politique et en même temps accessible à tous. Avec Pierre Mauroy on ne parlait pas de cette fameuse déconnexion entre les hommes de pouvoir et le peuple. Et pourtant Pierre Mauroy n’était pas un populiste. C’était un socialiste modéré, un social-démocrate. Et à cette époque « social-démocrate » ne voulait pas dire « détricoteur » de droit social mais socialiste attaché à l’esprit de compromis plus qu’à la lutte des classes. Pierre Mauroy portait les valeurs de la gauche en étendard. Bien plus qu’un Mitterrand trop florentin arrivé à gauche sur le tard, bien plus qu’un Michel Rocard, trop novateur, trop économiste… C’est cruel mais, du coup, Pierre Mauroy était l’homme idéal pour tenter de faire accepter à la gauche, en 1983, le renoncement à ses illusions et au « changer la vie » du 10 mai 81. C’est lui qui a dû expliquer, la mort dans l’âme, et avant de devoir céder son poste en 1984, que les promesses coûteuses et les nationalisations n’avaient pas marché. Seule la gouaille honnête, le parlé anti-technocratique de Pierre Mauroy pouvaient enrober, enjoliver ce qui aura été le plus magistral des virages politiques. Le tournant de la rigueur fut le drame de Pierre Mauroy. La gauche avait tenu ses promesses mais à quel le prix ? Pierre Mauroy avait assumé parfaitement ce volte-face d’autant qu’il avait marqué lui-même, lors du Congrès de Metz dès 1979, sa différence modératrice, en matière économique face aux mitterrandistes.

En quoi cette histoire résonne-t-elle aujourd’hui ?

Parce qu’en 1983, François Hollande était directeur de cabinet de Max Gallo, le porte-parole du gouvernement ! Il a vécu, de l’intérieur ces renoncements, les débats cornéliens autour de la question de savoir s’il fallait sortir ou non du serpent monétaire européen. C'est-à-dire s’il fallait se conformer ou non à l’orthodoxie économique tant dénoncée. François Hollande, candidat à la présidentielle, s’est souvenu de cette expérience, de cette idée ancrée selon laquelle la gauche au pouvoir distribue et fait des réformes sociales puis se retrouve vite contrainte à quitter le pouvoir ou à renoncer à ses belles promesses. Du coup, François Hollande, est arrivé à l’Elysée sans promettre d’avancées sociales mais simplement des efforts plus justement répartis, un retour à la croissance et la baisse du chômage. C’est en pensant au calvaire de Pierre Mauroy en 1983 qu’il a décidé que les efforts, la rigueur se feraient dès le début. La redistribution, si c’est possible, eh bien, ce sera pour un deuxième temps. Aujourd’hui, comme on le voit dans le combat contre les déficits ou pour la future réforme des retraites… tout ce que peut promettre la gauche, c’est de mieux répartir les sacrifices. Le souffle, le coffre, la dialectique d’un Pierre Mauroy trouvant les mots pour faire admettre (sans pour autant bercer d’illusions) que cette politique, en fait largement subie, n’est pas une trahison… Voilà ce qui manque le plus à la gauche, au pouvoir en ce moment.

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