Les députés socialistes frondeurs ont publié un texte proposant une politique alternative à celle du président. Ils se nomment un peu présomptueusement, depuis le début de la fronde, « l’appel des cent », sans que l’on puisse savoir s’ils sont encore cent…

Mais, toujours est-il que plusieurs dizaines de députés socialistes se reconnaissent dans ce texte adressé au président et au premier ministre hier soir. Et ce texte, alors que le parlement s’apprête à réexaminer les finances du pays, propose un autre équilibre entre baisse d’impôts pour les entreprises et soutien au pouvoir d’achat. 20 milliards de moins pour les entreprises. Le gouvernement, par exemple, prévoit 5 milliards pour les ménages, les cent en proposent 16,5 milliards. Ils veulent conditionner et cibler les réductions de charges aux entreprises, créer plus d’emplois jeunes, et financer plus de travaux publics. Ça restent dans le cadre constitutionnel du débat budgétaire puisque ces propositions n’aggravent pas (sur le papier) le rapport recettes/dépenses. Mais là où, habituellement les amendements des députés d’une majorité peuvent faire bouger 1 milliards, les réfractaires proposent d’en bouger 20 ! Ils prônent donc une autre politique, bien qu’ils affirment rester dans l’esprit de la campagne présidentielle de François Hollande. Ils déclineront le texte en une vingtaine d’amendements au cours des prochains débats sur le budget et le financement de la sécurité sociale.

Est-ce qu’il faut voir cette initiative la promesse d’une grave crise dans la majorité ?

A première vue, ce risque existe ! Et c’est vrai que ce texte constitue un affront et une manifestation de plus de l’extrême affaiblissement de François Hollande. Mais, on peut regarder les choses autrement et entrevoir une évolution plutôt salutaire de la pratique de nos institutions et du rôle du parlement ! Mettons de côté le débat économique, sur la politique de l’offre ou de relance réactivé par ce texte. Débat qui, soit-dit en passant, aurait dû être réglé pendant les dix ans d’opposition du PS. Nous assistons, certes à une opération politique, principalement « aubryisto-Montebourienne ». Mais pas seulement ! Et ce serait trop facile d’arrêter là l’analyse. Nous assistons peut-être à un début d’autonomisation du parlement vis-à-vis de l’exécutif. On peut voir dans ce mouvement un changement qui montre à quel point la pratique habituelle de nos institutions est usée jusqu’à la corde. Et principalement l’institution présidentielle. Le deuxième mandat fainéant de Jacques Chirac avait produit, en réaction une présidence aussi survoltée que vaine de Nicolas Sarkozy. François Hollande, par réaction à son tour, voulait apaiser et normaliser la fonction. Il l’a galvaude. Il ne faut pas simplement accabler Chirac, Sarkozy et Hollande mais le quinquennat qui a achevé de stresser la vie politique. La présidentielle nous fait croire, non plus tous les 7 ans mais tous les 5 ans, c'est-à-dire en permanence, que la politique est avant tout l’affaire de la volonté et du caractère d’un surhomme dopé au suffrage universel. Le parlement, dans ce cadre, n’est qu’une machine à tamponner la volonté présidentielle. Si l’initiative des réfractaires socialistes pouvait au moins servir à rééquilibrer les pouvoirs, redonner du contenu à l’action parlementaire, ce serait un pas vers plus de maturité de notre vie politique.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.