Deux petits évènements (sans rapport avec la CGT ou la loi travail) viennent illustrer l’impression, cette semaine, d’une société enkystée.

Deux faits qui ont trait à notre façon d’envisager l’éducation (observer les débats sur l’éducation en dit long sur de notre façon d’appréhender la société et des valeurs sur lesquelles on veut l’assoir) … Notre système éducatif, de l’avis général, ne remplit pas ses objectifs et même, au contraire, aggrave les inégalités. Il conforte les plus à l’aise, et relègue les enfants en difficultés, qui sont quasiment toujours les moins bien lotis socialement.

Le premier fait politique est ce que révèle le projet du gouvernement : contrôler d’avantage l’école à domicile ou les établissements privés hors contrat. Le second, c’est la diatribe de N.Sarkozy, contre « ravages de l’esprit de 68 », sur l’éducation.

Commençons par ce projet du gouvernement de mieux contrôler l’éducation hors contrat. A cette occasion, alors que l’Etat entend lutter contre l’éclosion d’écoles privées qui prêcheraient le salafisme (initiative bienvenue), on s’est aperçu que le nombre de parents qui préférent déscolariser leurs enfants avait fortement augmenté. Il ne s’agit pas de motifs religieux dans la grande majorité des cas, mais de phobies scolaires (phénomène en augmentation), ou juste d’une incapacité d’enfants, toujours plus nombreux, à se fondre dans le moule pédagogique rigide de l’Education Nationale. Le conservatisme de gauche tiendra les projets d’autonomie des établissements, la fin de l’unité obligatoire des programmes pour une atteinte à l’égalité tant pour les professeurs que pour les élèves. Tant pis si justement cette uniformité, ce moule créé maintenant une forte inégalité, les principes semblent plus forts que l’expérience. Mais le conservatisme le plus puissant, et qui a le vent en poupe, sous l’influence des intellectuels conservateurs à la mode, c’est le mythe du nécessaire retour à l’autorité, au classicisme et à la verticalité.

Nicolas Sarkozy a abordé ce thème mercredi soir à Lille. Dans son énumération des causes du grand renoncement qui « détruirait notre nation », il citait, en bonne place, les expérimentations de suppression des notes à l’école ! Ce serait la fin du mérite, du goût de l’effort et de la responsabilité. Tant pis, là encore, si partout où l’expérience est tentée, les premiers résultats sont très positifs sur le niveau et la motivation des élèves ; tant pis si dans les pays du nord, là où les notes et les classements sont bannis, là où les professeurs préfèrent apprendre la confiance et la coopération, plutôt que l’obéissance et la soumission, accompagner, plutôt que hiérarchiser les enfants, les résultats sont bien meilleurs. Les pays du nord, sans notes, et avec des établissements très autonomes, avec aussi, il est vrai, beaucoup moins d’élèves par classe, trustent le haut des classements PISA. Dans beaucoup d’autres domaines que l’éducation, ce conservatisme (l’uniformisation réglementée, soi-disant égalitaire, les droits formels) défendu par une partie de la gauche, et le maintien de la verticalité, des hiérarchies rigides et autoritaires, défendues par une partie de la droite, participent au statu quo, et à cette impression de blocage généralisé qui déprime le pays.

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