C'est aujourd'hui que le leader UDF, François Bayrou, doit porter sur les fonts baptismaux son nouveau parti, le Mouvement Démocrate. Mais pour la cérémonie, l'assistance devrait être fort clairsemée. François Bayrou se retrouve en effet très seul. Retour à la case départ, dans un jeu de l'oie décidément très cruel pour François Bayrou. Parti de la première case en février 2002 lorsqu'il décide de ne pas se plier à l'oukase chiraquien de créer un parti unique, il a depuis lancé et relancé les dés, avancant et reculant au gré des scrutins, de ses actes d'autonomie et d'indépendance. Abstention, coup de gueule, vote de la motion de censure. En 5 ans, le président de l'UDF aura brûlé auprès de ses amis de l'UMP, tous ses vaisseaux. A chaque fois, à chaque coup, il était celui dont il fallait suivre le blanc panache ; derrière, de maigres troupes mais des bédouins fidèles, retirant de la fierté à être les lilliputiens UDF contre l'UMP/Gargantua. Alors souvent, ses compagnons renâclaient, parfois même ils se divisaient au moment du vote, mais ils restaient. En mai 2005 après la défaite au référendum, quand Jean-Pierre Raffarin a dû céder la place, certains de ses lieutenants se sont même dit, "là ça suffit", il serait peut être temps de rentrer dans le rang, et éventuellement d'accepter un poste au gouvernement. François Bayrou n'a été sauvé de la désertion de ses plus proches, que par la nomination de Dominique de Villepin. Avec Sarkozy, ils seraient déjà partis. Depuis, la campagne, l'épopée présidentielle avait encore un peu clairsemé les rangs, mais le candidat de l'UDF se consolait, en disant qu'il avait les meilleurs, les plus fidèles, les indéfectibles ; ceux avec qui il pourrait quoi qu'il arrive entamer une nouvelle traversée du désert. Mais on ne connait jamais assez bien la nature humaine. Car voilà, malgré un score inespéré, près de 19% des voix, François Bayrou ce matin se retrouve tout seul ou presque. Dans le jeu de l'oie qui devait le conduire à l'Elysée, il a souvent tout seul c'est vrai, relancé les dés sans se soucier de savoir si ses maigres troupes opinaient, acceptant un débat avec Royal, puis affirmant haut et fort qu'il ne "voterait pas Sarkozy", sans s'inquiéter de ses élus et de leurs électeurs. Des élus qui tout à coup, après la victoire écrasante de Nicolas Sarkozy, se sont dits que 5 ans de désert, sans aucune poire pour la soif, c'était long. Alors ils se sont souvenus qu'ils avaient toujours été à droite malgré leurs dénégations de campagne, ils ont fait leurs compte électoraux, et ont vite compris qu'il n'y avait de salut pour eux que dans la "majorité présidentielle", bannière Sarkozy. Rangés mais libres disent-ils pour sauver les apparences, rangés et le doigt sur la couture du pantalon leur a très vite rappelé en substance le directeur de campagne du nouveau président. Retour à la case départ pour François Bayrou. Il crée aujourd'hui un nouveau parti centriste. Plus autonome et indépendant que jamais mais sans troupes. Les ex centristes de l'UMP, et les nouveaux ralliés vont eux recréer une "nouvelle UDF". Un centre croupion et un centre supplétif, une sorte de multiplication des petits pains qui ne fait pas forcément les affaires de François Bayrou qui repart pour un nouveau jeu de l'oie, qui devrait le mener jusqu'en 2012.

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