Ce matin, vous vous intéressez à une pratique de plus en plus courante en politique !Oui, cette façon très en vogue de sauter sur un sujet porteur pour empêcher qu’un concurrent politique ne s’en arroge le monopole. Ce week-end, par exemple, Ségolène Royal s’est drapée de tricolore, pour, je cite : "ne pas laisser le monopole du drapeau à l’extrême-droite". Il s’agit aussi de surprendre ou de briser de soi-disant tabous. Et pour ça, quoi de mieux que d’apparaître, de façon impromptue, sur le territoire de l’autre ? Nicolas Sarkozy avait voulu, en 2007, ne pas laisser le monopole de la « valeur travail » à la gauche. La gauche a le souci ces derniers temps de ne pas laisser « le monopole du thème de la sécurité » à Nicolas Sarkozy. C’est une pratique nouvelle. Faisons, nous aussi, notre petit retour en 81... A l’époque, le clivage droite-gauche était évident, si bien qu’on pouvait dire, à droite (sans rire) que si la gauche gagnait, ce serait la ruine, la main mise des socialo-communistes sur le pays! Et à gauche on pouvait (toujours sans rire) affirmer que l’on passait de « l’ombre à la lumière ». En ces temps-là, le but n’était pas de chasser sur les terres de l’autre mais d’imposer ses vues et ses sujets : la culture, le social, les libertés d’un coté. L’ordre, la sécurité et l’économie de l’autre. Chacun restait sur son terrain… Bon, bien sûr, on se souvient de la fameuse réplique de Valéry Giscard d’Estaing lors du face à face de 1974 : « Monsieur Mitterrand, vous n’avez pas le monopole du cœur » mais c’est autre chose. Cela dit, ce n’est pas parce que Nicolas Sarkozy parle du travail ou que la gauche parle de la sécurité, qu’ils proposent les mêmes solutions!C’est vrai et quand Ségolène Royal brandit le drapeau tricolore, elle ne tient pas le discours xénophobe du FN. Mais vous voyez comme c’est compliqué : il y a quelques décennies, la Nation c’était une notion plutôt de gauche… finalement toutes les thèmes politiques finissent par appartenir à tout le monde. C’est une question de moment ! Et aujourd’hui, toujours pour ne pas « laisser le monopole de la république » à ce qu’elle appelle l’UMPS, Marine Le Pen se transforme en Marianne moderne. « Ne pas laisser le monopole de l’identité et de l’immigration à l’extrême droite » dit de son coté Nicolas Sarkozy. Mais en voulant s’approprier ce thème sur le dos du FN, Nicolas Sarkozy a pris une part de l’idéologie qui va avec comme on l’a vu avec la polémique sur la déchéance de nationalité. De même, en piquant le thème du travail à la gauche, il a créé des attentes sociales qui aujourd’hui sont déçues. Donc lorsque l’action politique devient une guerre de positions plutôt qu’une confrontation d’idées et de solutions, on assiste à une sorte de confusion des valeurs. On en est là. Pas sûr pour autant qu’il faille regretter l’époque des blocs manichéens de 81. Cette époque est révolue parce que la société est plus ouverte et donc plus complexe. Les seuls en ce moment qui proposent un modèle alternatif, et qui d’ailleurs n’est pas encore très clair, ce sont les écologistes. On remarquera que ce sont aussi les seuls à ne pas tenter de piquer les thèmes des autres... Au contraire on entend plutôt assez souvent ce mot d’ordre : "il ne faut pas laisser le monopole de l’écologie aux écologistes!"

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