Peut-on avoir confiance dans le processus de la primaire de la droite et du centre ?

C’est la question que vous posiez hier à François Fillon. Et sa réaction était éloquente . Il a répondu « oui » avec une moue qui semblait paraphraser le cancre de Pervers « il dit oui à Patrick Cohen mais non avec le cœur ». Et pour avoir sondé, hier dans la journée, quelques responsables de toutes les écuries, le doute s’installe. Nicolas Sarkozy refuse une règle voulue depuis le début par le comité d’organisation de la primaire et surtout par l’instance de contrôle indépendante installée pour veiller à l’impartialité du scrutin. Cette règle consiste à permettre aux Français de l’étranger de voter à la primaire par Internet. Ce qui paraît élémentaire parce qu’il va quand même être compliqué d’installer un bureau de vote à Oulan Bator ou Bichkek (capitale du Kirizistan, bien sûr). La question sera re-débattue en bureau politique mardi prochain. Mais déjà, le fait que le président du parti passe outre une décision des instances organisatrices et de contrôle de la primaire laisse présager quelques batailles de procédure. Et se dresse bien sûr le spectre de 2012 et la guerre Copé/Fillon pour la présidence de feu l’UMP. Cette histoire de désaccord sur le vote par Internet vient après le changement de règle de parrainage qui va rendre plus difficile la capacité de NKM à se présenter et d’autres mini- frictions, pour l’instant limitées, mais qui inquiètent la plupart des concurrents. Avec en toile de fond, l’attitude de l’ancien président qui, depuis le début, finalement a du mal à cacher sa méfiance pour la primaire. Longtemps Nicolas Sarkozy s’est désintéressé des détails de l’organisation de ce scrutin, persuadé qu’il allait de toute façon l’écraser de son leadership incontestable. Ce n’est pas le cas. Il s’y intéresse trop tard et ça le rend suspect aux yeux de tous les autres candidats.

Au fond la primaire est-elle compatible avec la culture de la droite française ?

Cette question n’est pas tranchée. La droite avance en marchant sur le chemin de la démocratie interne qui n’est pas dans son caractère d’origine, surtout la droite néogaulliste qui domine LR. Cette primaire est donc un saut dans l’inconnu. Personne ne connaît la sociologie et l’ampleur du corps électoral qui se mobilisera. D’autant que si le mood politique de novembre est comme celui d’aujourd’hui, la primaire apparaitra comme le scrutin qui désignera, à coup presque sûr, le prochain président. Quel en serait l’effet ? Personne ne peut le dire. Beaucoup de responsables LR doutent encore que l’on puisse éviter un affrontement de personnalités, et des coups bas. Souvenez-vous, en 2011, quand le PS avait organisé les 1ères primaires ouvertes, les responsables de droite, goguenards, prédisaient un processus destructeur. Il n’en fut rien parce que depuis toujours, le PS, organisé en tendances, avait l’habitude des débats internes, des affrontements de lignes politiques. La primaire, va-t-elle contraindre LR à changer de nature ou sa culture de l’homme providentiel (incompatible avec un débat d’idées organisé) sera-t-elle plus forte ? Cette dernière possibilité reste plausible. C’est d’ailleurs aussi ce qu’attend de savoir François Hollande qui dira s’il se présente ou pas, en décembre, c’est à dire juste après les résultats de la primaire…

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