Premier tour des municipales hier. Alors forcément, ce matin, des vainqueurs, des vaincus, des arbitres, des grandes tendances. Un objet que visiblement, tout le monde avait chaussé hier, des lunettes déformantes. Celles qui comme les miroirs du même nom, vous font apparaître comme plus gros ou plus maigres qu'en réalité. L'intérêt évidemment de créer une illusion d'optique chez les électeurs au soir même du premier tour, c'est de les mobiliser pour le suivant ! Hier soir donc, impossible de savoir à tous les écouter, où placer le curseur entre raz de marée, tsunami, poussée ou simple rééquilibrage. La majorité a passé sa soirée à commenter un scrutin local, et à minimiser les victoires réelles de la gauche, plutôt soulagée en réalité de constater que ce n'était pas l'apocalypse annoncée avec même 2 ravissements inattendus, la prise de 2 communes de gauche par les ministres Chatel et Wauquiez. L'opposition, elle, a laissé croire qu'elle avait dépouillé le pouvoir sarkozyste, sauf que si Marseille et Toulouse devaient résister la semaine prochaine, elle serait loin de ces espoirs initiaux. Alors quelques éléments épars, dans un raz de marée au moins de résultats. Que retenir de ce premier tour ? Un homme et une femme : Alain Juppé à Bordeaux, quelle re-naissance personnelle pour celui qui, en juin dernier, avait quitté le gouvernement la tête basse après sa défaite aux législatives. Depuis quelques jours, ses ex collègues se prenaient à rêver de son retour imminent dans le dispositif gouvernemental présidentiel. Réélu hier, Alain Juppé a très vite douché leurs espoirs "je saurais résister aux sirènes parisiennes" a-t-il prévenu. Victoire locale donc pour l'instant. Ambition locale. Tout l'inverse de Martine Aubry. Martine Aubry, en ballotage très favorable à Lille, qui a poussé un cri du coeur très tôt dans la soirée "je souhaite faire entendre ma voix au PS" a-t-elle lancé. Ambition bien peu locale donc pour elle. On retiendra aussi 2 victoires, éclatantes, à gauche : victoire personnelle de Gérard Collomb à Lyon, dans une ville qui reste à droite, on l'a vu lors de la présidentielle ; victoire à ressort pour Bertrand Delanoë à Paris. Paris, gagné haut la main par un vote d'adhésion a déclaré le maire sortant, voilà un bel atout dans la manche de Bertrand Delanoë pour contrer Ségolène Royal dans sa course à la prise de contrôle du PS. Tiens d'ailleurs, à ce propos, un problème de vocabulaire justement au sein du PS. "D'avertissement" à "vote sanction", en passant par simple "signal politique", hier, on a entendu une sacrée gradation dans la dramatisation des résultats engrangés. Dissonances aussi dans les alliances à conclure : "vite avec le Modem" a lancé Ségolène Royal, prudence et silence des autres leaders du PS. C'est forcément la stratégie future du PS, avec qui discuter, avec qui gouverner qui est en cause et ces mots là, en disent long sur les divergences à venir. On retiendra un homme arbitre, François Bayrou et son Modem. De son éventuelle victoire à Pau, difficile et de sa capacité à rendre lisible sa stratégie d'alliance de gré à gré au 2ème tour, vont dépendre sa future santé politique personnelle, mais aussi son identité d'ici 2012. Le centrisme de François Bayrou, est-il finalement de centre gauche ou reste-t-il de centre droit ? Réponse dimanche prochain. Elle aura un impact aussi sur l'avenir du PS. Enfin, on termine ce survol, par une grande claque et un assourdissant silence entendus hier. Gifle infligée à la stratégie présidentielle qui voulait à l'origine "nationaliser" les municipales, tactique contrecarrée par ses troupes, ce qui a sans doute minimisé l'impact du vote sanction, et tonitruant mutisme de Nicolas Sarkozy. Désormais confronté à ce terrible dilemne : est-il condamné à faire comme Jacques Chirac en 2004 après la lourde défaite de son camp aux régionales, c'est-à-dire ne rien faire, ne rien changer ? C'est ce que Nicolas Sarkozy a promis de faire, mais s'il devait y avoir amplification de l'avertissement dimanche prochain, cette position serait difficilement tenable.

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