La crise change les comportements des consommateurs. Depuis le premier choc pétrolier de 1973, on a toujours entendu dire que nous étions en crise et que nous vivions une mutation, une révolution, technologique, économique, sociale. Comme si l’état de crise était permanent depuis plus de 30 ans. Mais là, c’est vrai que ça a l'air vraiment sérieux. La crise financière qui secoue nos économies et les bouleversements climatiques annoncés vont modifier nos façons de vivre. La presse se fait de plus en plus l’écho de ces prémices de changement d’attitude de la population face, notamment, à la consommation. Samedi dernier, "Libération" et "Aujourd’hui en France" faisaient d’ailleurs leur Une sur les nouvelles pratiques des Français face à la crise. Des phénomènes comme la ringardisation de la grosse voiture, la redécouverte de la cuisine faite à la maison, le besoin d’acheter du durable, l'impression encore confuse qu'il faut changer son mode de vie, s'installe même parmi les couches de la société qui ne sont pas (ou pas encore) touchées de plein fouet par la crise. Ces phénomènes dits de « nouvelle frugalité » sont motivés autant par le sentiment que les temps qui viennent seront durs que par une vague prise de conscience du caractère suicidaire de la course à l’hyperconsommation sur laquelle est basée notre économie. Les partis politiques prennent-ils en compte ce phénomène ? Ils commencent à peine et c’est la crise financière qui les a alertés mais depuis des décennies, les politiques (à part les écologistes) évoquent le bien être et le progrès à l’aune de la seule consommation. Le 11 septembre 2001, après l’attentat du World Trade Center, des milliers de new yorkais faisaient la queue devant les hôpitaux pour offrir leur sang aux victimes. On les a vite renvoyés chez eux, leur sang ne servait à rien puisqu’il n’y avait que des morts et pas de blessé. Le lendemain, le maire de New York, Rodolf Guliani, s’est adressé à ses concitoyens pour les remercier et il leur a dit « si vous voulez vraiment être de bons citoyens, retournez vite dans les magasins » - "Keep shopping !" L’acte patriotique par excellence c’est d’acheter, de consommer. La réponse des politiques, de gauche, comme de droite, est toujours la relance de la croissance. On ne débat que sur le fait de savoir si c’est par l’investissement ou la consommation. D’ailleurs, regardez le fameux indice du moral des ménages. C’est, bien sûr, un outil économique mais il s’est banalisé dans la presse et dans le discours de nos politiques comme le « moral des Français » ! On nous annonce, par exemple, que le moral des Français est en baisse de deux points ! Mais si l’on y réfléchit un instant, cette phrase, « le moral des Français est en baisse de deux points », est totalement surréaliste. D’après "Le Petit Robert", avoir le moral c’est « une disposition temporaire à supporter plus ou moins bien les difficultés de la vie ». L’acception du mot « moral », dans le débat public, imposé par le discours politique, économique, médiatique, recoupe les 5 critères de l’INSEE pour définir le moral des Français. Ce ne sont que des critères qui évaluent la disposition à consommer plus ou moins. Dans les années 80, Ronald Reagan disait que l’Etat n’est pas la solution mais le problème - certains aujourd’hui disent que la croissance n’est pas la solution mais le problème. Pour l’instant, ils ne sont pas entendus parce que c'est vrai qu'intellectuellement, il est un peu compliqué de condamner la création de richesse, alors que beaucoup de Français ont du mal à joindre les deux bouts. Mais justement, le mot de Claude Levis Strauss : « la crise est bonne à penser », que l'anthropologue, Marc Auger, rappelait dans "Libération", devrait peut-être nous inciter, et inciter les dirigeants des principaux partis politique, à trouver d'autres voies que la fuite en avant du sinistre « Keep shopping » de Rodolf Guliani.

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