**Alors comme ça, vous avez lu la princesse de clive ??Oui, on parle effectivement ce matin de ce verbe « cliver » (et je tiens à préciser que « princesse de clive c’est de vous »…je n’y suis pour rien !... Donc le verbe « cliver » fait florès en politique depuis quelques années, on l’a évoqué brièvement hier matin. Et ces jours-ci, on est en pleine application de ce concept. À l’origine, le verbe « Cliver » est un verbe que connaissent bien les joailliers, « cliver » c’est « fendre un diamant, un cristal dans le sens naturel des couches ou suivant les couches lamellaires ». En bon français, on ne clive qu’un corps minéral… pas un corps électoral ! Et puis le monde de la publicité a donné une autre acception à ce verbe en partant du mot « clivage ». Créer ou alimenter un clivage, c’est « cliver ». Une bonne publicité pour une marque grand public ne doit pas « cliver » ou être « clivante ». C'est-à-dire qu’elle doit concerner le plus grand nombre. Le mot est passé ensuite dans le monde de l’audiovisuel. Les grandes chaînes de télévision ont commencé à bannir les programmes trop « clivants » : les guerres, les polémiques complexes, les remises en cause troublantes. Combien de journalistes ont entendu cette phrase désespérante d’un rédacteur en chef d’une chaîne commerciale « pas le Proche Orient, pas le sida en prime time…coco, c’est clivant ». Et les politiques s’y sont mis !Oui, le verbe « cliver » est entré en politique avec l’invasion des communicants en lieu et place de conseillers politiques. La plupart du temps, l’homme ou la femme (attention si je ne dis que l’homme politique, je clive), donc l’homme ou la femme politique tente de réunir (on dira, en langage com’ qu’il « fédère »). C'est-à-dire que l’on mettra en avant des thèmes fédérateurs. La lutte contre les accidents de la route, contre le cancer. Et puis, il y a des moments où le politique doit « cliver ». Le débat sur l’identité nationale, c’était pour « cliver ». François Mitterrand faisait ça très bien. De l’utilisation de certains débats de société pour « cliver », souligner et accentuer des différences droite-gauche sur des thèmes bien marqués et moins dangereux politiquement que les thèmes économiques et sociaux qui génèrent généralement des revendications sonnantes et trébuchantes et de trop profondes remises en causes. En choisissant les thèmes « clivants », on espère susciter un réflexe unitaire de son camp et une réaction exagérée de l’autre camp (Choisir son champ de bataille c’est déjà faire un pas vers la victoire). Pendant les campagnes électorales, généralement, on commence par cliver, on attaque frontalement l’autre : la gauche dit que la droite détruit la république, la droite dit que la gauche ruine le pays, pour galvaniser le noyau dur de ses troupes. Et puis, à l’approche du scrutin, on fédère, on ouvre, parce que gagner une élection, c’est aussi troubler l’électorat d’en face pour le démobiliser et tenter de dépasser son propre camp. Le fait que les responsables UMP en soient encore à « cliver » (ils le disent eux même) à quatre jours du scrutin prouve leur désarroi. Et c’est justement parce l’UMP est en pleine opération « clivage » que Nicolas Sarkozy, le président de la république (donc de tous les français) n’est pas à sa place quand il fait campagne. Il ne pourrait, éventuellement le faire si son camp avait besoin de fédérer. Alors, pour en revenir à votre trait d’esprit Nicolas ! « La princesse de clive »… et bien, ce n’est pas si mal trouvé parce qu’en publicité, ce qu’il faut éviter c’est un certain élitisme. L’élitisme clive. Et tous les responsables de prime time vous le diront : il y a plus de gens qui n’ont pas lu la princesse de Clèves que de gens qui l’ont lu…donc la princesse de Clèves clive !**

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