**La Nostalgie Mendes, le Nouvel obs de la semaine dernière lui consacrait tout un dossier et France 2 diffusait hier une fiction historique consacrée à Pierre Mendes France…Oui 70 ans après le procès militaire de Pierre Mendes-France ce film « accusé Mendes-France » de Laurent Heynemann a dû parler à tout ceux qui ont en ce moment un petit vague à l’âme en observant la politique. On y voit le plus jeune député de la Troisième République, lieutenant d’aviation, tenter par tous les moyens de se soustraire au confort que lui permettait sa position et d’être envoyé au combat alors que la France est en déroute et que le pouvoir politique saborde la république. Mendes-France est arrêté et traduit devant un tribunal militaire. Mendes est de gauche, il est juif et viscéralement républicain. Les militaires responsables de la défaite ont besoin de bouc-émissaires politiques, Mendes a le profil parfait. Le film montre à merveille comment, dans une réplique de l’affaire Dreyfus, l’armée a fabriqué des preuves, trié des témoignages pour faire passer l’accusé pour un déserteur. Mendes veut d’abord croire en la justice de son pays. Il s’aperçoit vite qu’il s’agit d’un procès bidon, une mascarade, il est condamné pour ce qu’il est et non pas jugé pour ce qu’il a fait. Il s’évade alors, non sans écrire au Maréchal Pétain pour expliquer son geste illégal. Il rejoint Londres et le Général de Gaulle et est enfin affecté à une unité combattante aérienne. Ce film est diffusé dans un contexte politique particulier.Oui et s’il faut, bien sûr faire très attention aux surinterprétations, à l’utilisation de l’histoire, au maniement des icônes pour commenter l’actualité, il ne faut pas non plus se priver de ces exemples. Pierre Mendes-France est l’incarnation d’une certaine rigueur intellectuelle, promoteur aussi d’une rigueur budgétaire qui l’a souvent tenu à l’écart du gouvernement de la France d’après guerre. Mais surtout ce qui frappe dans ce film, outre les qualités de courage, de rectitude de Mendes France ce sont les quelques réflexions sur la république. Il y a dans les échanges entre les juges pétainistes et Mendes France des phrases qui raisonnent péniblement aujourd’hui. On ressort de ce Film en ayant envie, tout simplement de rappeler qu’être Français n’a rien à voir avec l’origine ou la religion et que la question identitaire ne doit pas être liée à celle des racines. Il y a dans le regard de Mendes, interprété par Bruno Solo, des moments de désespoir, non pas liés à la crainte d’être condamné mais à celle d’être considéré comme un mauvais citoyen à cause de ses opinions et de sa religion qu’il ne pratique d’ailleurs même pas. Aujourd’hui, quand par un dérapage, on l’imagine, involontaire François Fillion parle de « Français d’origine musulmane » à l’assemblée nationale, quand Laurent Wauquiez ou Christian Jacob se posent des questions sur l’enracinement et donc sur la nature de l’identité d’un candidat du camp opposé, ils ne se rendent certainement pas compte de ce qu’ils remuent, de la pente sur laquelle ils entrainent le débat. Pour bien comprendre la nature de cette pente, sa dangereuse déclivité il faut aussi se procurer le DVD de l’excellent téléfilm de Jean Michel Gaillard sur Georges Mendel, autre icone républicaine, le pendant, à droite, de Mendes en termes de courage et de caractère. Mendel fut assassiné par la milice en 44 parce que juif. Ce Téléfilm sur Georges Mendel est inspiré d’une biographie écrite (enfin signée) il y a bien longtemps déjà par un certain…Nicolas Sarkozy.**

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.