Suite de votre exploration des doutes des électeurs modérés, ce matin : le centre-droit…

Oui, alors que la France est gouvernée le plus souvent au centre droit, il n’y a pas, dans l’histoire politique, de grands leaders charismatiques de ce courant. Le centre droit c’est assez rasoir. C’est raisonnable, pragmatique, ça arrondit les angles. En économie ça gère en bon père de famille, sur les questions de société ça finit par accepter les progrès sans jamais les initier… il n’y a pas beaucoup d’adolescents (moi, je n’en connais pas en tout cas) pour vibrer à la lecture des discours de Jules Grévy ou René Coty ou pour placarder dans leurs chambres des posters de Raymond Poincaré ou Albert Lebrun ! Seul Valéry Giscard d’Estaing, en 1974, avait suscité un semblant d’enthousiasme, auprès d’une jeunesse plutôt dorée, qui arborait d’audacieux T-shirt « Giscard à la barre ! ». Dans la glorieuse histoire du centre-droit présidentiel, il y a eu aussi les crashs mémorables. Rassurants, ils étaient toujours promis, en début de campagne, à une victoire certaine: Alain Poher, Jean Lecanuet, Raymond Barre et dans une certaine mesure Edouard Balladur. Le cas Bayrou est à part puisque lors de ses trois tentatives il se situait au centre, strictement, surtout pas au centre-droit.

Et donc pas de candidat de centre-droit en 2017 !

Non, donné victorieux au début là encore, Alain Juppé n’a même pas passé le cap des primaires ! Et c’est un paradoxe parce que si François Fillon gagne, et malgré un programme et un discours bien à droite, il a toutes les chances –au bout du compte- de gouverner de façon plus modérée… parce que, par la force des choses, les outrances qu’il faut avancer pour se faire élire avec notre système basé sur l’affrontement, seront inopérantes quand il s’agira d’être le président de tous les Français. François Fillon est un gaulliste qui entend représenter la droite et le centre. Le problème c’est qu’il a gagné la primaire par la droite et que son opération de recentrage (qui de toute façon devait être assez discrète pour les raisons que nous venons d’évoquer)… cette opération s’est heurtée aux affaires. Pour ne pas décrocher, François Fillon se concentre sur son noyau électoral de base…il se radicalise et utilise le registre, très sécuritaire,m voire identitaire, qu’il reprochait à Nicolas Sarkozy en novembre. Les élus de centre-droit, eux (contrairement à leurs électeurs), ne doutent pas. L’UDI s’était insurgé contre le système de défense choisi par François Fillon la semaine dernière. Comme ça n’a pas marché et que le candidat est toujours là, ils sont rentrés dans le rang contre des circonscriptions. Donc, pas de candidats de centre droit. Il y aura –en plus de François Fillon- 2 souverainistes de droite et d’extrême-droite (Nicolas Dupont-Aignan et Marine Le Pen). Quelque part à droite de la droite, nous aurons aussi peut-être un conspirationniste avec François Asselineau, qui est sur le point d’avoir ses parrainages. L’électeur de centre-droit est donc dans l’expectative : va-t-il rejoindre Emmanuel Macron qu’une partie de la gauche traite d’ailleurs de candidat de droite ? Ce dernier lui a fait de l’œil, hier soir à Bordeaux, en disant tout le bien qu’il pense d’Alain Juppé. C’est de cet électeur clé, donc, que dépend la survie de la dynamique d’Emmanuel Macron ou le possible rebond de François Fillon…

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