Ce matin la discorde née de la cérémonie des Césars, et le concept de "dominants". Cette controverse virulente oppose deux générations de féministes : les féministes universalistes, post-68, héritières de Beauvoir, aux nouvelles féministes identitaires, offensives.

Ces dernières séduisent une partie de la jeunesse par leur radicalité. Il faut dire que l’ancien féminisme, qui avait conquis bien des droits pour les femmes et fait évoluer –quelque peu- les mentalités des hommes, butte sur une réalité anthropologique, un machisme atavique qui engendre encore les violences sexistes et sexuelles. 

Le nouveau féminisme a su souligner cette violence, la rendre enfin insupportable. Il est personnifié aujourd’hui par Adèle Haenel qui agit à la façon d’une avant-garde politique, bouscule les conventions, se défie du droit en s’érigeant parfois en tribunal populaire. Ses excès ont pu être utiles. 

Mais il est sain que d’autres féministes (comme hier à ce micro) rappellent que le droit seul peut organiser notre société et rendre justice. Encore faut-il l’adapter quand la demande sociale l’exige. 

Rendre justice aux femmes violées, violentées, leur permettre de porter plainte dans de bonnes conditions. Seulement, ça doit se faire en respectant les principes fondamentaux du droit.

Rappeler cette évidence ne devrait pas être un motif de déchainement d’agressivité sur les réseaux sociaux. L’agressivité du nouveau féminisme (du nouveau militantisme en général) vient du fait que : -depuis la fin des grands schémas globaux et explicatifs- le combat politique est mené cause par cause, avec parfois des croisements : féminisme, cause LGBT, antiracisme, anticapitalisme mais aussi, à l’autre bout du spectre, identitarisme, nationalisme, religions ... toutes ces causes sont défendues contre un même ennemi, nébuleux, imprécis mais détestable et ainsi qualifié : "le dominant"

"Le dominant" ?

Le dominant est tour à tour (ou à la fois) gouvernant (et ses chiens de garde des médias mainstream)... Il est installé, à l’aise dans la mondialisation... Forcément capitaliste ! Ça, c’est du point de vue de la radicalité féministe, antiraciste, dite ‘intersectionnel’ ou écologiste-ultra. Pour les identitaires, conservateurs, religieux, le dominant est tout autre : c’est le "_lobbies LGBT’"_qui truste les rouages du pouvoir et des médias, les libéraux politiques et économiques, universalistes. 

Chacun finalement à son dominant oppresseur. Quoi de plus juste et estimable, pour une victime, que de se révolter enfin ! 

Le débat public devient –de ce fait- un illisible pugilat général. Il ne s’agit pas de convergence des luttes mais de coalitions de victimes protéiformes en lutte contre des dominants tout autant protéiformes. 

Chacun peut être le dominant et la victime de l’autre. Ici, dans ce studio il y a des dominants : une femme politique, des journalistes maintream. Mais, ne vous y trompez pas, ces dominants sont autant de victimes potentielles : 3 femmes, dont une étrangère (belge, certes), une Française "de souches, pas très nettes", un catho pratiquant, un hypocondriaque et un dyslexique.

Au moins Marx déterminait les vrais puissants et les vraies victimes. 

La lutte des classes c’était quand même plus simple avant !

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