Retour sur les arguments de Gérard Larcher, développés hier, à ce micro, contre la proportionnelle. ET j’y reviens pour le plaisir gratuit du débat institutionnel… parce que je vous fiche mon billet que cette réforme n’aura pas lieu.

Les parlementaires de LREM ne savent pas trop quoi en penser et personne ne sait quel est l’avis du président. C’est une fixette de François Bayrou… et donc un problème politique pour Emmanuel Macron qui sait ce qu’il doit au leader centriste. Il tarde à enterrer l’idée… mais c’est bien ce qui va se passer … 

Le temps file et il parait maintenant impossible de se lancer dans une réforme incertaine des règles du jeu électoral qui ne ferait pas l’unanimité. Gérard Larcher avait deux arguments hier :

1/ la proportionnelle, qui impose un scrutin de liste et donc déracine l’élu. Le député sans circonscription serait déconnecté de la réalité, de la vraie vie. C’est oublier que le député est député, non pas de sa circonscription (qui n’est que son bassin électoral) mais de la Nation. Il ne représente pas les électeurs de sa circonscription mais toute la Nation et apporte sa sensibilité idéologique, celle sur laquelle il a été choisi. C’est l’essence même du parlementarisme. Bien souvent les députés l’oublient par pur clientélisme. 

La chambre des députés doit représenter la diversité politique du pays, pas les territoires. Le député de la Creuse qui vote pour ou contre le budget, pour ou contre un article du code civil, pour ou contre la peine de mort, l’âge de la retraite, ne le fait pas en fonction des intérêts ou de l’avis des habitants de la Creuse mais en fonction de ses convictions et de celles de son parti ! 

Les députés ne sont pas des élus locaux. C’est étonnant que Gérard Larcher, président du Sénat (c’est-à-dire justement de la chambre désignée par les élus locaux, faite, elle, pour représenter la diversité des territoires) utilise l’argument de l’ancrage territorial, pour s’opposer à un mode de scrutin de députés de la nation.  

L’autre argument utilisé par Gérard Larcher vous convainc plus… 

Oui, il souligne que si le RN est sous-représenté au Parlement, il n’a qu’à s’en prendre qu’à lui-même… C’est vrai qu’un système qui aboutit à ce que le premier parti électoral de France (pour les élections nationales, du moins), n’ait que 6 députés sur 577 est un système démocratiquement problématique. Mais pourquoi cette malédiction s’abat sur le RN et dans une moindre mesure sur La France Insoumise ? 

Parce que ce sont des partis (en fait surtout le RN) qui, lors des 577 petites élections présidentielles (le mode de scrutin à deux tours est largement comparable), n’arrivent jamais à rallier aucun autre partenaire. Et là il ne s’agit pas d’une injustice démocratique mais bien d’un particularisme révélateur. 

La démocratie, c’est aussi le compromis et le dialogue. Or, le RN n’est pas en mesure (du fait de son extrémisme, de ce dont il est l’héritier) de se faire des alliés. Aux raisons institutionnelles qui brident la représentation du RN… s’ajoutent donc (et c’est sans doute plus important) des raisons idéologiques qui l’isolent.  

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