Dans une interview publiée hier, dans "Le Journal Du Dimanche", Carla Bruni-Sarkozy se dit transportée de joie par l’élection de Barack Obama. Rien de plus normal et puis, bien que soulignant d’abord que Nicolas Sarkozy n’est pas un Obama français, madame Sarkozy ose quand même un parallèle audacieux : « Les Français ont voté pour un fils d’immigrés hongrois –dit-elle- dont la maman est d’origine juive. Il ne ressemble pas aux élites françaises traditionnelles ». Donc, finalement, Carla Sarkozy fait le parallèle - c’était trop tentant. Un peu comme Ségolène Royal, vendredi dernier, sur France Inter : elle ne se comparait pas à Barack Obama. Mais quand même, sa façon de faire participer les internautes à sa campagne, est-ce que ça ne vous rappelle pas la démocratie participative ? Bref, revenons aux propos de Carla Bruni sur Nicolas Sarkozy qui serait donc un ovni dans l’élite française. Nicolas Sarkozy, avocat d’affaire, fils d’avocate qui a grandi dans un hôtel particulier du 17 ème arrondissement de Paris et qui est devenu très jeune, Maire de Neuilly-sur-Seine. Il est (à Science-Po et l’ENA prêt) un archétype de l’élite classique française. Mais on ne peut pas reprocher à Carla Bruni-Sarkozy de militer pour plus de diversité dans l’élite française. Et elle ne s’en prive pas en soutenant, sans le signer, l’appel à la diversité de Yazid Sebag. Ce manifeste publié hier dans "Le Journal Du Dimanche" a pour mérite de prendre ce que viennent de réaliser les électeurs américains pour une leçon donnée à nos sociétés, et à la notre en particulier. Une société qui reproduit ses élites en vase clos dans un contexte économique et social qui a enrayé la machine à fabriquer de l’égalité des chances. Les signataires de ce texte pertinent sont divers et variés. On y trouve Jean-François Copé et Patrick Devedjian pour l’UMP, Dominique Voynet pour les Verts, le socialiste Arnaud Montebourg et la seule députée noire, Georges-Paul Angevin, élue PS de Paris. Pourquoi Carla Bruni ne signe-t-elle pas ce texte ? Il y a un vague devoir de neutralité inhérent à sa position mais en réalité, femme de chef de l’Etat n’est pas un statut en France et ce texte, tout à fait consensuel, aurait très bien pu être signé par Carla Bruni-Sarkozy. Personne ne s’en serait formalisé. Mais elle ne l’a pas signé et l'une des théories - pas sûr que ce soit la bonne, mais elle aurait au moins le mérite d’être logique - c'est qu'il y aurait une sorte d’hypocrisie à signer ce texte qui souligne le principal aspect de la discrimination en France. Le manifeste dit qu’il faut « promouvoir les politiques urbaines qui permettent de réaliser la diversité sociale et le peuplement.» Nous sommes au cœur du problème. La mixité sociale et ethnique. Si Carla Bruni signe ça, il faudrait qu’elle signe aussi toutes les pétitions de protestation contre la suppression de la carte scolaire, contre l’abandon de la promesse d’un plan Marshall pour les banlieues et surtout, qu’elle rallie la fronde des parlementaires de gauche mais aussi de nombreux UMP qui s’opposent à l’assouplissement de la loi SRU sensée imposer 20% de logements sociaux dans chaque commune. Enfin, si Madame Sarkozy devait signer le manifeste, il faudrait qu’elle soutienne l’action de la fondation de l’abbé Pierre qui réclame que le préfet se substitue aux maires qui ne respectent pas l’esprit de la loi SRU, comme à Neuilly, où il est toujours bon de rappeler qu’il n’y a que 2,6% de logements sociaux. Vous voyez, malgré son discours, Carla Sarkozy ne peut pas signer ce texte. Tous les gens mariés vous le diront : il faut savoir faire quelques entorses à la cohérence pour préserver la paix de son ménage !

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