**Vous revenez ce matin sur la grève dans les transports parisiens hier.Vous connaissez ce célèbre tableau de Magritte qui représente une jolie pipe en bois. Ce tableau est intitulé : «ceci n’est pas une pipe ». Magritte voulait souligner la trahison des images. L’image d’une pipe n’est pas une pipe, on ne peut pas la fumer. Tout comme le mot « chien » ne mord pas. C’est l’exemple classique pris par les sémiologues. Hé bien, c’est pourtant ce que l’on essayait de nous faire croire avec la loi sur « le service minimum dans les transports » jusqu’à maintenant. On essayait de nous faire croire que le mot « chien » mordait, que l’on pouvait fumer la pipe de Magritte et que la loi sur le service minimum garantissait un service minimum. Il n’en est rien, nous en avons eu la preuve hier. Cette loi n’est qu’une image, un affichage. Le texte voté en aout 2007, officiellement ne s’appelle d’ailleurs pas loi sur « service minimum » mais loi « sur le dialogue social et la continuité du service public dans les transports »… Pourtant dans la majorité on a bien coché une case intitulée « service minimum » dans la liste des promesses tenue. Et on le rappelle à loisir ! D’ailleurs pendant la campagne présidentielle on promettait une réglementation qui rendrait impossible, je cite « les prises d’otage d’usagers par des privilégiés qui défendent leur avantages acquis ». C’était un thème porteur à droite pour montrer qu’enfin, après des décennies de timidité, d’inaction de soumission, on allait en finir avec ces journées noires dans les grandes villes. On parlait même de réquisition aux heures de pointes. Et puis hier on a assisté à une grève très suivie avec très peu de trains en circulation sur les lignes de RER concernés par le conflit ! Donc quid du service minimum ? Tout simplement : il n’existe pas dans les transports. Il serait d’ailleurs anticonstitutionnel ! Cette loi ne sert à rien alors ?Si, cette loi est une loi de prévention des conflits tout à fait honorable. Elle n’a rien de révolutionnaire mais elle permet d’éviter quelques grèves puisqu’elle pousse les partenaires sociaux à négocier, en forçant les futurs grévistes à se déclarer 48 heures avant, ce qui, en cas de forte mobilisation donne du poids préventif aux revendications. D’un autre coté ça permet aussi d’organiser le service en fonction des disponibilités mais si le nombre des grévistes est important il n’y a aucun moyen de faire rouler des trains. Il n’y a pas de réquisitions possible, ce serait d’ailleurs une atteinte au droit de grève. La constitution ne le permet pas. Mais notre vie politique est ainsi faite que cette loi (qui ne fait en fait que valider des accords existants dans plusieurs entreprises de transport) permettait à la gauche et la droite d’adopter leur postures habituelles. Le texte était présenté, par la majorité comme une grande victoire sur la gauche, et pour cause, le PS, par myopie ou par habitude ou parce que ça l’arrangeait, avait décidé de voir dans ce texte vide une atteinte insupportable au droit de grève. Ce faisant, elle apposait le sceau de la réforme sur –on le mesure aujourd’hui- une illusion de réforme. Pain béni pour l’UMP qui pouvait craindre que les partisans du service minimum crient à la supercherie, ce qui commence pourtant à être le cas, vous avez entendu dans le journal de 7H30 des députés UMP qui réclament une VRAIE loi de service minimum. A la limite, un PS malin aurait très bien pu voter la loi d’aout 2007 en disant « c’est ça ce que vous appeler le service minimum ? »…le gouvernement aurait été bien plus embarrassé. Au lieu de ça la gauche a préféré tousser à cause de la fumée devant le tableau de Magritte.**

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