Oui c’est une série de propositions élaborées par Benoit Hamon et qui visent à tendre vers plus d’égalité, non pas simplement de droit mais d’égalité réelle. Il s’agit pour le parti socialiste de prendre en compte cette aspiration traditionnelle de la gauche française à l’égalité, une aspiration régénérée, ces dernières années du fait de l’impression que la crise dûe à un système inégalitaire est payée par les plus démunis. Le projet des socialistes veut contrecarrer le phénomène, nouveau depuis quelques années, ressenti par les français : le déclassement. La marche du progrès ne va plus dans le sens d’un accroissement des égalités. Voila ce que diagnostiquent les rédacteurs du texte adopté dans la controverse par les instances dirigeantes socialistes. Le constat est imparable mais on est en droit de se demander si le PS ne fait pas les choses à l’envers. Constater que les inégalités progressent et décider d’y remédier en listant, très concrètement une série de mesures qu’il faudrait adopter pour cela avant de déterminer les marges de manœuvre, notamment financières pour réaliser ces projets, voila qui parait étrange ! C’est vrai, il y a des propositions purement politiques et qui ne coûtent rien comme le droit de vote des étrangers non-communautaires aux élections locales (vieille promesse de la gauche jamais respectée). Il y a d’autres propositions qui ne coûtent rien mais ne dépendent pas forcément, pas directement de l’Etat et donc peuvent apparaître comme des vœux pieux ou des objectifs, pourquoi pas, fixés à la société. C'est le cas de l’idée de diviser par deux les écarts de salaires entre femmes et hommes en 5 ans. D’autres propositions, et c’est la que ça se complique, apparaissent certes nécessaires mais ont un coût comme l’aide au départ en vacances de 200 euros minimum pour mineurs ne partant jamais, la construction de 150.000 logements sociaux par an. Ces mesures n’apparaissent pas révolutionnaires (on est loin des 110 propositions de 1981) mais elles sont présentées sans être chiffrées. C’est vrai, le texte prévoit aussi une réforme fiscale et l’on se dit : « Tiens, c’est peut-être là que les socialistes prévoient de financer les dépenses nécessaires aux propositions avancées » ! On se le dit tout seul mais rien ne le dit, alors que par ailleurs les socialistes, quelqu'ils soient, vous expliquent volontiers que la situation financière du pays est catastrophique ! Martine Aubry précise que la question du financement sera examinée en mars.Et c’est là effectivement qu’on a l’impression que les problèmes sont pris à l’envers. C’est la direction du PS elle-même qui le dit, il ne s’agira pas de tout promettre, Martine Aubry ne prône pas une grande relance keynésienne, elle critique la dérive des comptes publics et est respectueuse des critères fixés par l’Europe. Logiquement, avec de tels engagements, tout ce que propose le PS devrait être précisément chiffré en même temps qu’énoncé. Martine Aubry a eu cette drôle de phrase hier pour défendre le texte de Benoit Hamon sur l’égalité : « C’est un choix de société, pas de dépenses publiques ». Pourtant, puisque le texte ne se borne pas à énoncer des principes mais formule des propositions, on se demande à quoi servent ces choix si l’on ne sait pas comment ils seront financés? En réalité, cet épisode, prouve encore une fois que le PS n’est pas une instance qui permet de trancher véritablement et que lorsque le PS tranche, les discours qui accompagnent les décisions sont diverses et souvent incompatibles. Les propositions sur les retraites, chiffrées, elles paraissaient plus solides mais cette fois-ci, on a le sentiment que ce texte répond avant tout à un besoin de positionnement politique. Les primaires socialistes devront se poser ces questions et permettre d’aboutir à la confrontations de vrais choix. Les primaires sont faites pour ça, espérons-le pour eux!

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