La ministre de l’Education fait des propositions pour favoriser la mixité à l’école.

Oui, et le mot mixité tout-court est un cache-sexe. Il veut dire, en fait, mixité sociale et surtout ethnique et culturelle. Parce que si la République ne reconnaît pas les catégories ethniques, elle est bien obligée de constater que la ghettoïsation et l'entre soi– social, ethnique ou culturel- (Subite ou recherchés) nuisent à la société. Najat Vallaud-Belkacem fait donc des propositions pour casser le déterminisme territorial et scolaire. Elle demande aux 17 départements volontaires de faire en sorte que des collégiens de quartiers défavorisés puissent s’inscrire dans des établissements de centre-ville. Ce sont de bonnes idées à tester mais, en réalité, le ministère de l’Education n’est pas le mieux placé pour traiter ce sujet. Il est au bout de la chaîne. La mixité scolaire ne peut être atteinte vraiment que par la mixité urbaine, une meilleure répartition des logements sociaux dans les quartiers et villes aisées. C’est par une opération massive de dé-ghettoïsation, ce que M.Valls appelait, en mars, ‘une politique de peuplement’, que l’on établira la « co-présence », terme utilisé par les sociologues et qui permet une meilleure connaissance de l’autre et un apaisement de l’ensemble de la société. Mais le manque de mixité scolaire dépasse le cas des quartiers difficiles.

Vous parlez du phénomène de contournement de la carte scolaire scolaire.

Oui, de l’évitement scolaire qui provient d’un sentiment d’insécurité et d’abord d’insécurité culturelle. Dans des quartiers populaires, à l’entrée au collège, au lycée, une pression s’exerce sur bien des enfants de la classe moyenne. Un sentiment de minorité culturelle difficilement avouable mais réel s’installe. L’argument, c’est le niveau scolaire, mais il serait hypocrite de nier que le repli identitaire, à l’œuvre dans tout un tas de quartiers et banlieues de grandes villes crée des tensions, des peurs fantasmées parfois, justifiées souvent. C’est ce qui pousse des parents, au départ enclins à jouer le jeu du public, à opérer, la mort dans l’âme, un contournement scolaire. On ne peut pas demander aux parents de faire de leur progéniture des missionnaires de la mixité forcée. L’idéal, c’est quand aucun groupe ethnique, culturel ou social ne domine vraiment. Ce modèle de mixité vivante existe quand même dans de nombreuses villes moyennes et en banlieue parisienne, dans des quartiers populaires, un peu gentrifiés, de grandes villes. On en parle peu, parce que ça se passe plutôt bien. On fustige souvent les bobos qui profitent de l’immobilier pas cher des quartiers populaires mais font du contournement scolaire. En réalité, là où la mixité marche, c’est souvent aussi parce que ceux que l’on appelle les bobos ont la volonté de la faire vivre. Des élus locaux aussi se démènent pour maintenir ces équilibres précieux. Les écoles de la relégation territoriale de certaines cités, où se développe parfois un identitarisme musulman oppressant, tout comme les écoles monochromes des beaux quartiers, sont des havres d’entre soi subi ou entretenu. C’est une prise de conscience de tous qui est, en fait, nécessaire : dans un monde ouvert comme le nôtre, la mixité est bonne pour tout le monde, même pour ceux qui se croient les mieux lotis dans une uniformité faussement protectrice.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.