Après l’élection de Donald Trump on entend beaucoup cet argument : les partis classiques de gouvernement ne comprennent plus le peuple !

Meeting de Donald Trump
Meeting de Donald Trump © Getty / Joe Raedle

Oui, c’est rabâché depuis des années, une partie importante de la population vit dans l’angoisse du déclassement, dans une panique identitaire et est incomprise des élites déconnectées. Le Brexit, l’élection de Donald Trump et bientôt Marine Le Pen, seraient les symptômes de cette séparation hermétique entre les élites et le peuple. En réalité, les responsables des partis, dits de gouvernement, connaissent parfaitement la question du déclassement, l’angoisse du monde rural, l’humiliation de la classe moyenne sans perspective dans les zones péri-urbaines, les désarrois de ceux qui estiment que le métissage, l’égalité des sexes, le mariage homosexuel brouillent les repères classiques. Tout cela fait l’objet, depuis des années, de reportages, d’études fouillées et multiples. Tous les élus locaux, de tous les partis, ne parlent d’ailleurs que de ça et alertent en permanence sur le mal-être grandissant et la fracturation de la société, à travers le territoire

Et donc, selon vous, la classe politique ne se répartit pas entre ceux qui sont du côté des élites et ceux qui sont du côté du peuple ?

C’est trop simple. Le clivage est, en réalité, tout autre. Il est entre ceux qui connaissent et comprennent la colère du peuple mais qui ne trouvent pas de réponses politiques satisfaisantes… et surtout qui font preuve, aux affaires, de leur impuissance et qui refusent pourtant de laisser leur place… et ceux qui ont une réponse politique à cette colère comme Bernie Sanders ou Trump. Le premier s’adressait à la raison et au cœur, il a perdu, le second au réflexe et à la peur, il a gagné. La réponse politique de Trump ou de Marine le Pen est une réponse qui permet de remporter des succès électoraux, dans une société informée par les algorithmes, pas de gouverner. Boris Johnson avait trouvé une réponse pour cette prétendue majorité silencieuse britannique. Il a gagné et puis il n’a pas su quoi faire de sa victoire. C’est une chose de dire au peuple « je vous ai compris » et de lui servir un discours simpliste fait de slogans vengeurs et de solutions péremptoires, déclamés sur un ton martial. Mais il faut qu’une fois au pouvoir ce soit applicable. Comment Donald Trump peut dire, hier, quasiment dans la même phrase, que l’Etat doit se concentrer sur le minimum, qu’il faut drastiquement réduire les impôts et qu’il faut, en même temps, relancer une politique d’infrastructures dans tout le pays ? On trouve à foison, dans le discours de Trump comme dans celui de Marine Le Pen, des proposition à la fois très tranchées et floues ou contradictoires. S’adresser au cerveau reptilien plutôt qu’à l’intelligence, susciter le réflexe plutôt que la réflexion n’est pas gage de connexion avec le peuple, surtout, quand (comme c’est le cas pour Trump ou LePen) ça vient d’héritiers et de caricatures, de ce que le dit-système peut fournir de plus cynique.

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