Nous sommes à la veille du premier 11 novembre d’Emmanuel Macron…

Oui le 1er pour Emmanuel Macron mais surtout l’avant-dernier de cet interminable centenaire de 14/18... On voit le bout ! Trois ans de commémorations en rafale… Mais rassurons-nous : il parait qu’Emmanuel Macron n’entend pas reprendre le rythme de François Hollande, véritable « Commémorator » qui aura sans doute fleuri plus de monuments que Vincent Auriol et René Coty réunis… qui pourtant n’avaient que ça à faire ! Nicolas Sarkozy aussi avait le dépôt de gerbe compulsif ! Il appréciait l’art commémoratoire. Il avait compris (ou cru) que l’exercice du garde-à-vous olympien et martial, entouré d’ancêtres portant bérets et drapeaux, était une forme d’art statuaire auto-promotionnel, qui pouvait conférer à un président en défaut de présidentialité une dose de solennité, une stature dramatique, un vernis gaullo-mitterandien, à peu de frais et sans trop parler ! Devant un monument aux morts…on est vraiment le président de tous les Français… et si malheureusement les morts que vous honorez ne votent pas…au moins, eux, ils ne font jamais grève… c’est reposant pour un président ! Mais ces cérémonies ont aussi leurs vertus : éducation, apaisement des mémoires… 

Quel genre de commémorateur sera Emmanuel Macron ?

On ne le sait pas encore. Et lui non plus sans doute. D’abord, il ne veut pas faire comme ses 2 prédécesseurs qui, bien qu’ayant plus commémoré que Mitterrand et Chirac, n’ont pas fait ressortir de moments vraiment forts, comme la main dans la main de Khol/Mitterrand à Verdun en 1984, ou le discours du Vel d’hiv de Chirac en 1995. Les commémorations, dans nos démocraties, «doivent avoir des vertus réparatrices de mémoire », comme l’explique Joseph Zimet, le directeur général de la mission du centenaire, mais la fonction mémorielle ou d’éducation passe maintenant par d’autres canaux. Il n’y a plus de poilus vivant à honorer, moins de 100.000 anciens combattants de la 2ndguerre mondiale, et la très grande majorité du million de vétérans d’Algérie, du fait de la nature de ce conflit post colonial, ne réclame pas spécialement de cérémonies commémoratives, qui d’ailleurs, aurait du mal à assurer la fonction réparatrice. Ce que l’historien Antoine Prot appelait « la société des anciens combattants » n’existe plus qu’à l’état résiduel. Le rapport des Français à leur armée a changé depuis la fin du service militaire et les soldats qui « meurent pour la France » en ce moment, tombent, en professionnels, lors d’opérations extérieures. La mémoire se construit maintenant différemment. Par l’école, la profusion de littérature et d’émissions consacrées à l’histoire des guerres, de leurs combattants mais surtout de leurs victimes, par le tourisme mémoriel qui se développe avec la multiplication de très beaux musées à travers la France, et la hausse impressionnante de la fréquentation des sites de grandes batailles. 6 millions de personnes ont visité les plages du débarquement en 2014. Emmanuel Macron qui, pour l’instant, n’a pas besoin de commémorer pour se faire une stature présidentielle, est aussi le premier président à n’avoir pas fait son service militaire… Il devrait, en toute logique, être le dernier, l’année prochaine, à commémorer en grande pompe, le 11 novembre. "Moi, mon colon, cell' que j'préfère, C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit!" chantait Brassens… ça commence à dater !

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