Jean-Luc Mélenchon a fait sa déclaration de candidature

Il y a surement de subtiles considérations stratégiques pour expliquer cette drôle d’idée qui consiste à vouloir s’immiscer entre les lattes si larges d’une telle actualité… pour se déclarer ! Entre élections américaines et Covid : peut-être prendre de l’avance sur les autres prétendants de gauche, ces partis (PS ou écologistes) qui n’ont pas de leadership aussi évident… On peut le tourner autrement : prendre de vitesse ces partis qui ne fonctionnent pas principalement autour d’une personnalité. En écoutant la déclaration de Jean-Luc Mélenchon dimanche soir, la plupart des téléspectateurs ont dû se dire 

ah, bon il n’était pas déjà candidat ?

Mais les considérations stratégiques ne sont pas les plus passionnantes. Il faut, pour tenter de voir quel sera le Mélenchon 2022 par rapport aux deux précédents, visionner le long monologue du candidat, dimanche soir sur les réseaux sociaux. En 2012, Jean-Luc Mélenchon proposait une gauche républicaine, bien campée, avec le PCF, pour occuper l’espace laissé vacant par un PS devenu économiquement assez centriste. 

En 2017, ère dégagiste, le ‘bruit et la fureur’ étaient de mise. Mélenchon remplaçait, dans les meetings, ‘camarade’ par ‘les gens’ et appliquait peu ou prou la théorie prônée par la philosophe Chantal Mouffe : proposer un ‘populisme de gauche’. Le mot ici n’est pas péjoratif (Chantal Mouffe, elle-même, l’utilise). Il s’agissait de renouer avec le peuple en recréant un clivage politique : de nouveaux ‘eux’ (les dominants, le système) et ‘nous’, les dominés… les classes populaires, les minorités. Le mouvement des Gilet Jaunes, deux ans après, validera, d’une certaine façon, cette intuition, la réalité de ce nouveau clivage et ce besoin d’expression de la colère. ‘Fâchés mais pas fachos’, le but était de soustraire les classes populaires au RN… Son très bon score de 2017 montre que JL. Mélenchon avait vu juste mais son incapacité à incarner massivement cette colère, depuis trois ans, pousse le député de Marseille à aborder 2022 sous un autre angle.  

Son slogan de début de campagne est ‘je suis pour’…

La proposition prendra le pas sur l’opposition… dans son semblant de dialogue avec les internautes (en fait un monologue bien sécurisé)… le patron des Insoumis dit que son but, maintenant, sera, je cite : ‘_l’harmonie entre les êtres humains et avec la nature’. P_arlant de l’élection de 1974, il dit que c’est René Dumont, l’écologiste, pacifiste, qui avait raison. 

A écouter Jean-Luc Mélenchon en cette précampagne, le bruit et la fureur laisse place à la planification écologique et heureuse. Un ange vert ! Le cru insoumis 2022 est bien plus doux en bouche que le classique 2012 et l’âpre 2017. Mais on est obligé de terminer cette chronique comme à peu près toutes les chroniques consacrées à Jean-Luc Mélenchon : la ligne établie résistera-t-elle au caractère erratique du candidat ? Nombre de ses camarades espèrent qu’il se tempère cette fois pour de bon… sans rien perdre, pour autant, de sa radicalité.

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