Bernard Tapie ne touchera pas tout de suite les 135 millions d'euros qu'il réclamait au Crédit Lyonnais. Ainsi en a décidé hier la cour de cassation, la plus haute juridiction française. Pour l'ex ministre, c'est une déception. Caramba encore raté! Ce matin, nous aurions pu constater, sinon célébrer le retour plein et entier de Bernard Tapie à la vie civile. Après Nanard patron, Nanard ministre, Nanard pacha sur le phocéa, Nanard taulard, Nanard comédien et animateur, on aurait pu décrypter un nouvel épisode de la saga Tapie, 12 ans après le début du feuilleton: Nanard, la résurrection. Et puis Non, la cour de cassation en a décidé autrement; c'est donc reparti pour un tour. Hier les avocats de Bernard Tapie ont laissé entendre que l'ex homme d'affaire retournerait devant la cour d'appel. Il en a à nouveau pour quelques mois, une bonne année, avec la justice. Alors nouveau revers pour l'insubmersible Tapie? Oui indéniablement. Gagner 135 millions d'euros d'un coup en étant la victime du Crédit Lyonnais, ça ne manquait pas de panache, ça le remettait financièrement à flots. Et surtout Bernard Tapie pouvait revenir à ce qui le fait carburer: sa passion pour la politique. Il était "chaud bouillant" assure un de ses amis. Alors a priori, pas question pour lui d'être candidat à la présidentielle; ses amis radicaux de gauche essayaient bien de le pousser, mais non disait-il, la politique avait trop fait souffrir sa famille pour se remettre en première ligne. Non, il se voyait surtout en faiseur de roi. Ce bateleur incroyable, capable d'entrainer des banquiers comme des électeurs ou des joueurs de foot derrière lui, des téléspectateurs comme les minots de Marseille avait envie de se replacer au centre des débats. Il aurait pu mettre sa tchatche et son parler crû, lui qui s'est cru autorisé à traiter un jour les électeurs de le pen de "salauds", au service de causes qu'il aime à défendre, ses idées pour lutter contre le chômage ou pour aider les jeunes des quartiers. Lui qui a toujours considéré qu'il était entré en politique par effraction même si c'est François Mitterrand qui lui a ouvert grand la porte en le nommant ministre de la ville en 92, est convaincu aussi que c'est à cause de la politique qu'il a payé si cher ses erreurs, et il croyait donc tenir sa revanche. Alors au service de qui aurait-il mis sa gouaille et sa colère? Au printemps dernier, il a dit beaucoup de bien de Ségolène Royal, et presque autant de Nicolas Sarkozy. "Il faut reconnaître qu'il n'est pas toujours facile de suivre la cohérence politique de Bernard" témoigne un de ses amis. Le nouveau revers que lui fait subir la cour de cassation va-t-il stopper net les ardeurs politiques de celui qui carburait autrefois aux piles wonder, en repoussant après 2007 sa "libération" judiciaire? Un de ses amis raconte une scène étonnante: Nous sommes au milieu des années 90, et Tapie l'invite dans son hôtel particulier du arrondissement. Et il lui fait la visite du propriétaire. "T'as vu cette commode? C'est du Louis 18; j'ai mis des mois à l'arracher à l'antiquaire du coin. T'as vu ce lustre? tu te rends compte, dire qu'un Louis quelque chose a dîné sous ce lustre!" Et l'invité devait faire mine d'admirer le mobilier du propriétaire. Petit détail:la pièce était vide. Vide, mobilier saisi par la justice. Bernard Tapie ne s'arrêtait pas à ce détail là. C'est pour ça que même nu, en 2007 ou en 2012, il reviendra, disait hier un de ses amis... Le feuilleton Tapie, l'homme aux 100 vies, n'est pas terminé.

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