"Dégueulasse" a dit Fadela Amara pour récuser l'amendement ADN du projet de loi Immigration du gouvernement. Un mot qui a fait hurler hier tout le microcosme politique, et qui a éprouvé à lui seul les limites de l'ouverture. Ah la rébellion des petits pois ! Vous avez entendu parler de la théorie des petits pois de Nicolas Sarkozy ? Pour ceux qui ont raté l'explication, régulièrement développée pourtant depuis la présidentielle, le président a offert une session de rattrappage dimanche soir. Dans "Vivement dimanche" de Drucker, pour chanter les louanges de Rachida Dati, Nicolas Sarkozy a donc filé la métaphore suivante. Pourquoi a-t-il nommé Dati, mais aussi Fadela Amara au gouvernement ? "Parce que ce sont des femmes vraies, qui ne truquent pas a-t-il dit, elles sont diverses, à l'image de la France, j'aime cette différence a-t-il commenté. Ce ne sont pas des petits pois alignés, qui ont tous la même couleur, la même saveur". La même fadeur aurait-il pu poursuivre. Bel éloge donc de la différence et de l'ouverture. Seul problème, les petits pois en question sont verts ! Verts de rage, d'être si mal traités par le cuisinier en chef ! Alors qu'a dit Fadela Amara de si incongru qu'elle déclenche hier le tohu bohu politique ? Elle a tout simplement poussé à son point de tension extrême les limites de l'ouverture. Un peu comme un élastique, que l'on tend, que l'on tend, on sait que si on l'étire un millimètre de plus, il se rompt. "Dégueulasse l'instumentalisation de l'immigration" a dit la secrétaire d'Etat à la politique de la ville. Le parler vrai de l'ex présidente de "Ni pute ni soumise" avait déjà fait grimacer la majorité : "stop à la glandouille dans les cités", c'est pas trop leur kif aux députés UMP même si le président, lui, avait apprécié, mais là, ils se sont carrément sentis injuriés par le qualificatif. Comment un ministre peut-il s'arroger le droit de traiter ainsi de "dégueulasses" ces parlementaires qui ont discuté de cet amendement ? Même les sénateurs, comme Jean-Pierre Raffarin qui ont bataillé contre, s'insurgent contre cette liberté de parole accordée à un membre du gouvernement, quand eux n'ont droit qu'à une chose, se taire. Se taire comme savent être silencieux des petits pois ! Et puis comme si "dégueulasse" ne suffisait pas, Fadela Amara a aussi rappelé qu'elle était "une femme libre", "le jour où ce sera vraiment trop insupportable, et bien je partirai" a-t-elle dit. Fixant elle-même les limites de la solidarité gouvernementale, quand jusque là les présidents s'en tenaient à la maxime chevènementiste "un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne". La gauche évidemment s'est engouffrée dans la brèche en la poussant à tirer les conséquences de son coup de gueule, en vain, l'intéressée ayant plutôt rétro pédalé hier soir. Mais l'épisode Amara est riche de quelques enseignements de base : 1/ L'immigration reste un sujet clivant droite/gauche. 2/ L'ouverture politique opérée par Nicolas Sarkozy est peut-être plébiscitée par l'opinion publique, mais parce qu'elle s'est faite sur le débauchage de quelques personnes et non sur un projet politique, elle va régulièrement alimenter la cacophonie au sein du gouvernement. Et quelle est la marge de manoeuvre du président dans cette affaire ? S'il clôt le débat, c'est la "fermeture" et le risque de voir effectivement partir ses quelques personnalités débauchées. S'il le laisse vivre, ce sont ses petits pois qui en font toute une salade, sa majorité qui se rebiffe. Alors, la rébellion des petits pois, on aimerait voir ça. En attendant, c'est Fadela Amara la première qui aura effectivement éprouvé, au sens physique de "mettre à l'épreuve", les limites de l'ouverture sarkozyenne. Le pas supplémentaire, ce sera la rupture. Pas grave, c'est encore sarkozyste tout ça !

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